La démence regroupe des troubles qui entraînent, au fil du temps, une dégradation de la mémoire et/ou des capacités de réflexion. En Australie, elle est désormais la cause de décès la plus fréquente.
Il existe de multiples origines à la démence, mais la maladie d’Alzheimer représente environ 60–80% de l’ensemble des cas.
La semaine dernière, la Therapeutic Goods Administration (TGA) australienne a autorisé un nouveau médicament destiné aux formes précoces de la maladie d’Alzheimer : le lécanemab, commercialisé sous le nom Leqembi. Cette décision intervient après l’approbation, plus tôt cette année, d’un traitement comparable, le donanemab.
Cependant, même si le lécanemab a montré qu’il pouvait ralentir l’évolution de la maladie chez certaines personnes diagnostiquées tôt, son coût très élevé risque de le rendre inaccessible à de nombreux Australiens.
Comment fonctionne le lécanemab (Leqembi) ?
Le lécanemab appartient à la catégorie des anticorps monoclonaux.
Lorsque l’organisme rencontre des « intrus » étrangers - le plus souvent des bactéries ou des virus - le système immunitaire réagit en fabriquant des anticorps. Ces protéines se fixent sur l’envahisseur et le signalent à d’autres cellules immunitaires afin qu’il soit éliminé.
Un anticorps monoclonal, lui, est conçu en laboratoire pour se lier à une cible précise : ici, la protéine amyloïde, qui constitue un marqueur microscopique caractéristique de la maladie d’Alzheimer.
Une fois l’anticorps pris en charge par le système immunitaire, celui-ci peut contribuer à retirer l’amyloïde du cerveau, dans l’objectif de limiter les lésions qui se poursuivent.
Quelle est son efficacité ?
L’autorisation australienne s’appuie sur un vaste essai clinique financé par le laboratoire Eisai, mené sur 1,734 participants pendant 18 months.
Les résultats ont mis en évidence un ralentissement notable de la progression chez un grand groupe de patients présentant soit une maladie d’Alzheimer à un stade précoce, soit un trouble cognitif léger lié aux premiers changements d’Alzheimer dans le cerveau.
Avant d’intégrer l’étude, tous les participants avaient réalisé des examens par tomographie par émission de positons (PET) confirmant la présence d’amyloïde dans le cerveau.
Sur 18 months, les personnes traitées par la molécule active ont vu leur maladie progresser 27% moins vite que celles ayant reçu un placebo. L’évaluation reposait sur une échelle combinant cognition et autonomie fonctionnelle, appelée Clinical Dementia Rating Sum of Boxes.
Rapportée à la durée totale de l’essai, cette différence correspond à environ five months de déclin en moins dans le groupe ayant reçu le lécanemab.
Chez les patients ayant poursuivi le traitement, des données présentées récemment suggèrent un bénéfice qui se maintiendrait jusqu’à four years.
Les participants sous lécanemab ont également montré de fortes diminutions des quantités d’amyloïde cérébrale, mesurées au PET. À la fin de l’essai, la majorité se situait sous le seuil considéré comme indiquant habituellement la présence d’Alzheimer, sans pour autant que leurs symptômes aient été inversés.
Quels sont les effets indésirables ?
Les autorités de régulation ont exprimé des inquiétudes sur la tolérance. La TGA avait d’ailleurs refusé une première fois l’autorisation, en estimant que le rapport bénéfice/risque n’était pas suffisamment favorable lors de l’examen initial du dossier en October last year.
Parmi les participants ayant reçu le médicament, 12.6% ont présenté un œdème cérébral. Ce taux montait à 32.6% chez les personnes porteuses de deux copies d’un gène favorisant Alzheimer, l’apolipoprotéine E4 (ApoE4).
Parmi celles et ceux ayant développé un œdème cérébral, 22% ont ressenti des effets indésirables comme des maux de tête, des vertiges, une vision trouble et des troubles de l’équilibre.
Ces manifestations étaient le plus souvent modérées, mais un petit nombre de participants qui prenaient aussi des traitements anticoagulants pendant l’étude ont eu des hémorragies cérébrales graves ayant entraîné le décès. Les 78% restants des personnes ayant développé un œdème cérébral n’ont, pour leur part, présenté aucun symptôme lié à celui-ci.
En raison de ce risque, un suivi par IRM est nécessaire tous les trois mois chez les patients sous traitement, afin de surveiller le cerveau.
Des microhémorragies (petits saignements dans le cerveau) ont aussi été observées chez 17.3% des patients sous médicament actif, contre 9.0% dans le groupe placebo.
Le refus de la TGA l’an dernier a fait l’objet d’un recours, et de nouvelles données de sécurité et de résultats, couvrant jusqu’à four years de traitement, ont été présentées dans le cadre de cette procédure.
Combien coûte ce traitement ?
À ce jour, le Pharmaceutical Benefits Scheme (PBS) australien ne subventionne pas le lécanemab. Le traitement revient à l’équivalent de A$40,000 par an, ce qui le place hors de portée financière de nombreuses personnes susceptibles d’en tirer bénéfice.
Les recommandations prévoient une administration toutes les deux semaines pendant 18 months, puis une dose mensuelle dite de « maintenance » par la suite.
À cela s’ajoutent les frais liés à la surveillance indispensable pour vérifier la sécurité et l’efficacité (consultations médicales, examens IRM et PET).
Le Pharmaceutical Benefits Advisory Committee (PBAC) n’a pas encore examiné une éventuelle inscription du lécanemab au PBS.
En revanche, le PBAC a refusé en July une demande d’inscription au PBS pour un médicament similaire, le donanemab, en considérant que les bénéfices étaient « too small and uncertain to justify the burden of this treatment on both patients and the health system ».
Le lécanemab agit de façon proche du donanemab, qui a obtenu l’approbation de la TGA plus tôt cette année. Les deux traitements présentent des coûts, une efficacité et des risques comparables.
En pratique
Le lécanemab n’est indiqué qu’aux tout premiers stades de la maladie d’Alzheimer. Si vous ou l’un de vos proches observez des signes précoces de maladie d’Alzheimer - par exemple une perte de mémoire à court terme persistante ou une confusion concernant les jours et les dates - il est essentiel de consulter rapidement, afin d’obtenir un diagnostic fiable et de faire le point sur les options thérapeutiques.
Si vous envisagez le lécanemab ou le donanemab, il faut garder à l’esprit que ces médicaments ne guérissent pas la maladie d’Alzheimer. Ils peuvent en ralentir l’évolution, mais ils n’améliorent pas les symptômes.
Le lécanemab ne sera pas utile lorsque la démence est due à une autre cause qu’Alzheimer, et il ne sera pas non plus bénéfique chez les personnes atteintes d’Alzheimer dont la maladie a dépassé ses stades les plus précoces.
Steve Macfarlane, Head of Clinical Services, Dementia Support Australia, & Associate Professor of Psychiatry, Monash University
Cet article est republié depuis The Conversation sous licence Creative Commons. Lisez l’article original.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier!
Laisser un commentaire