Les personnes âgées qui subissent une chute entraînant des blessures présentent, dans l’année qui suit l’accident, une probabilité plus élevée de développer une démence que des personnes du même âge ayant connu d’autres types de blessures physiques, d’après une vaste étude publiée en 2024.
Des chercheurs américains soulignent que ces résultats ne démontrent pas que les chutes provoquent la démence (même si cette hypothèse ne peut pas non plus être écartée à ce stade). En revanche, ils laissent penser que la chute pourrait constituer un signal précoce d’une dégradation cérébrale menant à la maladie d’Alzheimer et à d’autres démences.
Regardez la vidéo ci-dessous pour un résumé de leurs travaux.
« Il est possible que les chutes jouent le rôle d’un événement sentinelle, indiquant un risque futur de démence », expliquent dans leur article le médecin Alexander Ordoobadi, du Brigham and Women's Hospital, et ses collègues.
« Les résultats de cette étude suggèrent de soutenir la mise en place d’un dépistage cognitif chez les personnes âgées ayant subi une chute avec blessure. »
Chutes chez les personnes âgées et démence : un enjeu fréquent
Les chutes constituent la cause la plus courante de blessures chez les adultes de plus de 65 ans. Près d’un tiers des personnes de cette tranche d’âge subit chaque année une blessure à la suite d’une chute.
« L’un des plus grands défis auxquels nous faisons face est l’absence de “responsable” clairement identifié pour organiser le dépistage de suivi des troubles cognitifs », indique Ordoobadi.
« Car il se peut qu’il n’y ait pas suffisamment de temps pour effectuer ces dépistages aux urgences ou dans un centre de traumatologie. »
Chaque année, près de 10 million de nouveaux cas de démence sont diagnostiqués, ce qui confronte de plus en plus d’entre nous à une dégradation cognitive inquiétante, que ce soit pour nous-mêmes ou pour nos proches.
Malgré des décennies d’efforts, aucun traitement curatif n’existe encore. Les patients ne disposent que de stratégies visant à ralentir l’évolution de ces troubles invalidants ; d’où l’intérêt majeur d’identifier la démence le plus tôt possible.
Comment l’étude a été menée (données Medicare, 2014–2015)
Ordoobadi et son équipe ont étudié des demandes de remboursement Medicare aux États-Unis sur une période d’un an, concernant des personnes ayant subi une lésion traumatique. Ils ont recensé 2 ,453 ,655 patients de plus de 65 ans ayant consulté pour une blessure en 2014 ou 2015.
Après avoir exclu les personnes présentant un diagnostic connu de démence, les chercheurs ont comparé celles qui s’étaient blessées à la suite d’une chute à celles ayant souffert d’autres types de blessures physiques.
Résultat principal : un risque plus élevé dans l’année suivant la chute
D’après leurs analyses, les personnes âgées blessées lors d’une chute avaient une probabilité supérieure de plus de 20 % de développer une démence dans l’année suivant l’accident, par comparaison avec les patients venus consulter pour d’autres blessures physiques.
« La relation entre les chutes et la démence semble aller dans les deux sens », explique l’épidémiologiste spécialiste des blessures Molly Jarman, du Brigham and Women's Hospital.
« Le déclin cognitif peut augmenter le risque de chute, mais le traumatisme lié à ces chutes peut aussi accélérer la progression de la démence et rendre un diagnostic plus probable par la suite. »
Ce que l’étude ne permet pas d’affirmer (et les limites)
Cette étude ne peut établir qu’une concordance de tendances entre deux facteurs ; elle ne permet donc pas de conclure à un lien direct de cause à effet entre les chutes et la démence. En outre, faute de données sur les prescriptions, les chercheurs n’ont pas pu prendre en compte l’impact des médicaments, ce qui pourrait avoir biaisé leurs résultats.
Cela dit, des travaux antérieurs ont montré que les personnes ayant déjà des troubles cognitifs connus courent un risque accru de chute, ce qui renforce l’idée que la chute pourrait constituer un signe précoce de ces atteintes cérébrales dévastatrices.
Parmi d’autres signes potentiellement précoces associés aux troubles cognitifs menant à la démence, on retrouve une baisse de la sensibilité visuelle, une santé mentale dégradée et une augmentation des cauchemars.
Toutefois, le déclin cognitif peut également signaler d’autres affections qui, elles, peuvent être traitées ; il est donc essentiel que les patients susceptibles de souffrir de démence fassent l’objet d’une évaluation approfondie.
« Notre étude met en évidence une possibilité d’intervention précoce », déclare Jarman.
« Si nous parvenons à établir que les chutes servent d’indicateurs précoces de démence, nous pourrions identifier d’autres précurseurs et événements initiaux sur lesquels intervenir, ce qui améliorerait considérablement notre façon de prendre en charge la santé cognitive chez les personnes âgées. »
Cette recherche a été publiée dans JAMA.
Une version antérieure de cet article a été publiée en octobre 2024.
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