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Bien s’excuser : une psychologue révèle les erreurs que presque tout le monde fait

Un homme et une femme discutent sérieusement autour d'une table avec deux tasses de café fumant.

Comment s’excuser de façon à ce que cela répare vraiment ?

Beaucoup lâchent un « Désolé » en vitesse en espérant que l’affaire est classée. Dans la réalité, cela aggrave souvent la situation : la personne blessée a le sentiment de ne pas être prise au sérieux, et la dispute tourne en rond. Une psychologue explique à quoi ressemble de vraies excuses, pourquoi les regrets tièdes échouent, et en quoi le moment choisi et l’attitude comptent presque plus que les mots parfaits.

Pourquoi les vraies excuses sont si rares

On apprend dès l’enfance à dire « pardon ». Mais très peu de gens apprennent à le dire avec sincérité. Dans le groupe WhatsApp familial, dans le couple, au travail ou en politique : les excuses à moitié assumées font trébucher tout le monde, encore et encore.

La psychologue Line Mourey le constate : beaucoup s’excusent surtout pour retrouver la paix ou calmer leur propre conscience, et non pour réparer le tort causé à l’autre. C’est précisément là que les ennuis commencent.

« De bonnes excuses ne cherchent pas à sauver sa propre image, mais à guérir la relation. »

Quand on s’excuse seulement pour rétablir rapidement l’harmonie ou couper court aux critiques, l’effet est souvent inverse : l’autre se sent une nouvelle fois ignoré - cette fois, sur le plan émotionnel.

Le bon moment : ni trop tôt, ni trop tard

Le timing d’une excuse pèse lourd. Exemple : bousculer quelqu’un à la boulangerie - un « pardon » immédiat tombe évidemment sous le sens. En revanche, face à une blessure profonde, cela ne fonctionne pas de la même manière.

Selon Line Mourey, il vaut mieux intégrer une pause, en fonction de la gravité du conflit :

  • Pour les petites choses : s’excuser tout de suite, avant que l’agacement ne s’accumule.
  • Après une rupture de confiance importante : prendre le temps d’analyser ce qui s’est passé, précisément.
  • Laisser à l’autre l’espace de remettre de l’ordre dans ses émotions.
  • Puis aller vers lui activement - sans le pousser ni le presser.

Des excuses précipitées après une faute grave ressemblent vite à : « On peut clore ça tout de suite, s’il te plaît, pour que je n’aie plus à me sentir mal. » Après une infidélité, des insultes violentes ou une trahison, cela peut être vécu comme une seconde blessure.

Qui fixe le cadre des excuses ?

Une question revient souvent : faut-il écrire un long message ? Appeler ? Ou privilégier une discussion en face à face ?

La psychologue insiste : l’échange en personne a généralement le plus d’impact. En entretien direct, la gestuelle, le regard et la posture disent souvent plus clairement que n’importe quelle phrase que les excuses sont sérieuses.

« Les regrets authentiques ont besoin de proximité - mais la personne blessée doit pouvoir décider quelle proximité elle peut supporter à ce moment-là. »

D’où un point clé : la personne qui a été atteinte garde la main. Peut-être qu’elle ne veut ni appel ni rencontre, mais d’abord de la distance et un message bref. Si vous voulez vous excuser, il faut respecter ce besoin - et ne pas se vexer si une rencontre est d’abord refusée.

Les erreurs les plus fréquentes quand on s’excuse

Même avec de bonnes intentions, beaucoup d’excuses échouent à cause de pièges classiques. Voici des phrases que presque tout le monde a déjà entendues :

  • « Je suis désolé si je t’ai blessé. »
  • « Pardon, mais tu es aussi très susceptible. »
  • « Je ne voulais pas que ça se passe comme ça. »
  • « C’était juste une blague, ne le prends pas si mal. »

Ces formulations déplacent l’attention : on ne parle plus de son propre comportement, mais de la réaction de l’autre. Le message implicite devient : « Le vrai problème, ce sont tes émotions, pas ce que j’ai fait. »

Pourquoi le petit mot « si » peut tout abîmer

L’experte met particulièrement en garde contre les excuses dites conditionnelles. Dire « Je suis désolé si… » fait comme si la blessure n’était qu’une éventualité, et non un fait. Pour l’autre, cela ressemble à une contestation de ce qu’il a vécu.

« Quand on dit “si”, on laisse planer le doute sur le fait qu’il se soit passé quelque chose de grave - et on se décharge ainsi d’une part de responsabilité. »

De bonnes excuses reconnaissent la douleur de l’autre sans la remettre en question. Supprimer les atténuations comme « si », « peut-être », « en fait » change ici beaucoup de choses.

À quoi ressemblent des excuses solides et claires

Concrètement, qu’est-ce qui fait qu’une excuse « arrive » vraiment ? La psychologue recommande trois éléments :

  • Reconnaître clairement le comportement fautif
  • Assumer la responsabilité sans minimiser
  • Indiquer comment le comportement va changer

Cela peut donner, par exemple :

  • « Hier, en réunion, j’ai fait un commentaire dévalorisant. C’était irrespectueux, et je le regrette. »
  • « Je t’ai humilié devant tes amis. C’était blessant et ce n’était pas acceptable. »

Une fois cela dit sans ambiguïté, un bref contexte peut éventuellement suivre - non comme une excuse, mais comme une explication. Par exemple : « J’étais stressé, mais ça ne justifie pas mon comportement. » La partie après le « mais » est décisive.

Les mauvaises raisons de présenter des excuses

À première vue, toute excuse semble positive. Pourtant, sur le plan psychologique, certains motifs réduisent fortement l’effet, par exemple :

  • Vouloir uniquement se débarrasser de sa culpabilité
  • Sauver sa réputation (« Je ne veux pas passer pour le méchant »)
  • Étouffer le conflit au plus vite
  • Espérer que l’autre « se ressaisisse » rapidement

Dans tous ces cas, l’objectif principal est son propre soulagement, pas la blessure subie par l’autre. Et l’autre le perçoit - souvent sans même pouvoir l’expliquer - et réagit avec méfiance.

« Des excuses crédibles mettent au centre la douleur de l’autre, pas son propre besoin d’être soulagé. »

Pourquoi de vraies excuses demandent du courage

S’excuser sincèrement, c’est aussi accepter l’inconfort. On ne sait pas si l’autre acceptera de se rapprocher à nouveau. Cette incertitude rend beaucoup de personnes nerveuses - et pousse à des phrases superficielles ou enjolivées.

La psychologue conseille d’assumer cette incertitude ouvertement. Une phrase comme « Je comprends que mes excuses ne te suffisent peut-être pas pour le moment. Je suis prêt à en reparler plus tard » montre du courage et du respect. La décision de pardonner appartient clairement à la personne blessée.

Après les mots, l’épreuve du réel

Une excuse ne vaut rien si, ensuite, rien ne change. Répéter les mêmes actes et présenter les mêmes excuses fait perdre toute crédibilité avec le temps. Les mots ouvrent la porte ; le comportement fait foi.

Quelques démarches concrètes possibles :

  • éviter à l’avenir certaines situations où l’on explose facilement
  • identifier et nommer ses déclencheurs (« Quand je suis fatigué, je deviens vite injuste - j’y travaille »)
  • demander un retour (« Tu as senti si j’ai fait mieux cette fois ? »)
  • chercher, si besoin, une aide professionnelle lorsque les schémas sont très ancrés

L’effet de bonnes excuses sur les relations

Réussir à s’excuser de façon honnête et respectueuse renforce la confiance - précisément parce que des erreurs arrivent. Amitiés et couples tiennent nettement mieux quand chacun sait que, si cela compte vraiment, l’autre saura assumer sa part.

En parallèle, des excuses claires protègent aussi celui ou celle qui les formule. Se confronter sérieusement à son comportement aide à mieux se comprendre, à réagir de manière plus mature et à sortir plus souvent des boucles répétitives faites de culpabilité et de défense.

Des formulations pratiques au quotidien

Pour certaines personnes, le problème n’est pas l’intention de s’excuser, mais les mots pour commencer. Quelques phrases utilisables peuvent aider à ouvrir la discussion :

  • « Je me suis rendu compte que mon comportement t’a blessé. Je le regrette vraiment. »
  • « J’assume la responsabilité de ce qui s’est passé. J’ai eu tort. »
  • « Je comprends que tu sois en colère. Ta réaction est compréhensible. »
  • « Je veux faire en sorte que cela ne se reproduise pas. »

Ces phrases ne remplacent pas une vraie remise en question : elles la rendent possible. Ce qui compte, c’est qu’elles correspondent à votre attitude - et aux actes qui suivent.

Quand s’excuser n’est pas la bonne option

Il existe des situations où des personnes s’excusent pour des choses dont elles ne sont pas responsables - par exemple en cas de chantage émotionnel ou dans des relations toxiques. Dire « pardon » en permanence juste pour éviter les tensions finit, sur le long terme, par abîmer l’estime de soi.

Dans ces cas, un examen honnête aide : ai-je réellement fait quelque chose qui a déclenché la douleur de l’autre ? Ou est-ce que je m’attribue une faute pour ne pas faire de vagues ? Des excuses saines exigent les deux : le sens des responsabilités et des limites claires face à des exigences excessives.

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