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La génération Z accède aux postes de direction et remet en question sa propre éthique de travail.

Un homme présente un projet à un groupe de six collègues réunis autour d’une table de conférence.

Dans de nombreuses entreprises, un passage de relais est en cours : les premières cohortes de la génération Z accèdent à des postes de management, pilotent des équipes, tranchent sur les recrutements et les licenciements. Et au lieu de se contenter d’égratigner les patrons plus âgés, elles en viennent désormais à remettre publiquement en question la façon dont d’autres jeunes salarié·e·s travaillent, réfléchissent et se comportent au quotidien.

Quand de jeunes managers de la génération Z critiquent d’autres jeunes salariés

Pendant longtemps, le récit dominant était le suivant : des responsables plus âgés râlent contre « les jeunes », jugés insuffisamment productifs, trop prompts à démissionner et prétendument trop exigeants. La génération Z opposait à cela un argument simple : elle refuse désormais de subir de mauvaises conditions et accorde davantage d’importance au sens, au temps libre et à la santé mentale.

De récentes enquêtes laissent pourtant apparaître un retournement. Dans une étude menée par un portail carrière américain auprès de plusieurs centaines de responsables RH, environ 45 % déclarent considérer les cohortes de la génération Z comme les plus difficiles à manager. Ce qui rend le constat explosif : une part croissante de ces responsables RH appartient déjà elle-même à cette génération - et reprend ces critiques à son compte.

"La génération qui voulait transformer le marché du travail se retrouve soudain face à un conflit intérieur : les idéaux se heurtent à la réalité de l’entreprise."

Des managers jeunes expliquent qu’ils s’épuisent à essayer de concilier empathie pour leurs pairs et exigences du fonctionnement opérationnel. D’un coup, il n’est plus seulement question de principes, mais de KPI, de rendez-vous clients et d’objectifs d’équipe.

Des valeurs nouvelles face à des structures anciennes

La génération Z est entrée dans la vie professionnelle avec d’autres promesses que celles de ses prédécesseurs. Beaucoup ont grandi avec l’idée que le sens, la flexibilité et l’épanouissement personnel ne sont pas des avantages, mais la norme. À cela s’ajoutent une forte aisance numérique et le réflexe, devenu évident, de repérer très vite en ligne de nouvelles offres d’emploi.

Or, dans la réalité, ces attentes se heurtent à des entreprises encore souvent organisées selon des schémas classiques : temps de présence au bureau, hiérarchies rigides, pression de performance nourrie par une disponibilité permanente.

Ce qui irrite le plus les jeunes managers de la génération Z

Lors d’échanges avec des équipes RH et de jeunes responsables d’équipe, les mêmes thèmes reviennent régulièrement lorsqu’il s’agit de critiquer des collaborateurs du même âge :

  • Manque de résistance au stress : de simples pics d’activité sont déjà vécus par certains comme une « surcharge ».
  • Forte propension à changer : plutôt que de régler un conflit, l’idée de démissionner surgit rapidement.
  • Sentiment d’avoir droit à tout : dès le début de carrière, on attend des hausses de salaire rapides et des promotions.
  • Faible présence au bureau : le télétravail est perçu comme un droit, et non comme un accord.
  • Communication hésitante : les remarques sont prises comme des attaques personnelles, et la parole directe est souvent évitée.

Beaucoup de jeunes responsables expliquent qu’ils passent leur temps à arbitrer : entre les attentes de la direction en matière de fiabilité et de performance, et les demandes de leurs pairs pour une flexibilité maximale.

Le double rôle de la génération Z

Quand on encadre déjà du personnel avant 30 ans, on se retrouve dans une position délicate. D’un côté, on connaît parfaitement ses propres besoins - personne ne veut revenir à une culture d’heures supplémentaires toxique. De l’autre, une fonction managériale impose de respecter des échéances et d’assumer des décisions impopulaires.

Nombre de jeunes managers disent évaluer plus sévèrement ce qu’ils considèrent comme une « limite légitime » et ce qui relève, selon eux, d’un manque d’envie de s’investir. Le ton devient alors souvent plus dur que ce que l’on associe habituellement à cette génération.

"Quand on a soi-même invoqué la work-life balance, il faut tout à coup expliquer pourquoi, malgré toutes les précautions, un projet doit être livré à l’heure."

Il en résulte une sorte de choc culturel intérieur : la génération qui voulait casser des modèles de chefs figés doit désormais occuper ces rôles de leadership - et découvre à quel point la marge de manœuvre est limitée dans le quotidien opérationnel.

Ce que les entreprises observent concrètement

Au fil des échanges avec les équipes RH, on retrouve des situations типiques où le conflit générationnel… surgit à l’intérieur même de la génération Z :

Scénario Réaction des jeunes collaborateurs Réaction des jeunes managers
Planning de projet très serré Demande d’augmenter les ressources ou de repousser l’échéance Tentative de trouver un compromis, mais pression de la direction
Entretien de feedback Justification, mise en avant d’une charge mentale Frustration face au manque d’autocritique
Obligation de retour au bureau Résistance, argument de productivité en télétravail Compréhension, mais obligation d’appliquer la consigne de la direction

Ces tensions font que certain·e·s membres de la génération Z s’alignent davantage sur les intérêts du management dès lors qu’ils ont des responsabilités d’encadrement. D’autres, au contraire, gardent une distance nette et choisissent délibérément des employeurs qui mettent en avant des modèles radicalement flexibles.

Comment évoluent la culture de travail et les attentes

Le conflit intérieur de la génération Z influence directement la conception des postes. Dans de nombreux cas, les entreprises réagissent de manière pragmatique :

  • Modèles hybrides : des jours de présence fixes, complétés par du travail à distance.
  • Parcours de carrière transparents : des critères clairs indiquant quand des promotions et des hausses de salaire sont réalistes.
  • Santé mentale : coaching, supervision et points de contact pour gérer stress et conflits.
  • Culture du feedback : des échanges plus courts et plus fréquents, plutôt qu’un grand entretien annuel.

Dans ce cadre, les jeunes managers jouent souvent un rôle de traducteurs : ils maîtrisent la langue et les attentes de leur groupe d’âge et savent mieux les convertir dans la logique de la direction - et l’inverse aussi.

Pourquoi la génération Z se juge elle-même si sévèrement

La question est intéressante : pour quelle raison autant de jeunes responsables se montrent-ils si durs envers leur propre tranche d’âge ? Un élément probable est que celles et ceux qui progressent visiblement font partie des profils les plus orientés performance. Diriger du personnel à 20 ans passés implique souvent des ambitions élevées, un goût pour le défi - et la même exigence envers les autres.

À cela s’ajoute la pression de se distinguer du cliché de la « génération paresseuse ». Certain·e·s jeunes managers veulent démontrer qu’ils ne sont pas « fragiles », mais capables de porter des responsabilités, d’affronter les conflits et d’appliquer des mesures impopulaires.

"Plus le débat public décrit la génération Z comme difficile, plus ses profils les plus performants s’efforcent d’incarner l’inverse."

Exemples concrets d’une approche constructive

Pour les entreprises, observer finement ce conflit interne est utile : il recèle aussi des opportunités. Voici quelques leviers qui fonctionnent bien sur le terrain :

  • Management partagé : des binômes associant un manager expérimenté et un jeune responsable d’équipe marient expérience et compréhension actuelle des valeurs.
  • Règles du jeu explicites : oui à la flexibilité, mais avec des plages horaires cœur et des fenêtres de joignabilité clairement définies.
  • Responsabilité par projet : les jeunes collaborateurs portent, sur des projets limités, une responsabilité complète - y compris la planification du temps et des ressources.
  • Alignement honnête des attentes : dès l’entretien, on parle ouvertement du niveau réel de pression, de rythme et de présence exigé par le poste.

Dans ce contexte, des notions comme « work-life balance » ou « quiet quitting » prennent une signification différente. Elles ne désignent plus seulement une posture : elles deviennent des objets de négociation entre des rôles distincts, qui peuvent parfois coexister chez la même personne - salarié aujourd’hui, manager avec responsabilité budgétaire demain.

Pour les membres de la génération Z, il peut être utile de se poser tôt des questions simples : lesquelles de mes attentes sont négociables, lesquelles ne le sont pas ? Et comment jugerais-je un collègue si c’était moi qui devais financer son contrat ? En adoptant cette perspective, on comprend mieux pourquoi certain·e·s jeunes managers se montrent si tranchants - et à quels endroits des solutions communes restent possibles.

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