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Pensions des mères : dès le 1er septembre, un nouveau calcul augmentera votre future retraite.

Mère et enfant travaillant ensemble sur un ordinateur portable à la maison, bureau avec tirelire et documents.

À compter du 1er septembre, une évolution discrète mais importante dans le calcul des retraites va commencer à mieux valoriser les carrières des mères, en particulier celles dont les revenus ont baissé à l’arrivée des enfants.

Pourquoi les retraites des mères françaises sont restées plus faibles pendant longtemps

En France, les femmes arrivent encore à la retraite avec moins d’années validées et des salaires moyens inférieurs à ceux des hommes. La maternité explique une large part de cet écart.

Grossesses, temps partiel, congé parental et périodes de sortie du marché du travail laissent des traces durables dans les relevés de carrière. Beaucoup de mères atteignent le début de la soixantaine avec des parcours hachés et une estimation de pension qui paraît douloureusement faible.

Le système français intègre des « droits familiaux » censés compenser ces trous - et ces droits vont devenir plus généreux pour de nombreuses mères.

Ces droits liés à la famille s’ajoutent aux règles classiques de la retraite de base. Ils peuvent notamment :

  • attribuer des trimestres supplémentaires de cotisation
  • augmenter le montant final de la pension via des majorations
  • avancer l’âge auquel il est possible de demander une retraite à taux plein
  • limiter les effets négatifs des années peu rémunérées ou à temps partiel

La réforme la plus récente, applicable au 1er septembre, vise directement la manière dont la pension des mères est calculée - et pas uniquement le nombre de trimestres.

Trimestres liés à la famille : comment les enfants peuvent augmenter vos droits à la retraite

Dans le régime général (salariés du secteur privé), chaque enfant peut ouvrir droit, sous conditions, à un maximum de huit trimestres supplémentaires.

Quatre trimestres sont liés à la maternité ou à l’adoption, et quatre à l’éducation de l’enfant. Ces trimestres « s’ajoutent » à la durée totale validée : ils ne sont pas rattachés à une année civile précise.

Pour une mère de deux enfants, cela peut représenter jusqu’à 16 trimestres supplémentaires - l’équivalent de quatre années complètes de travail ajoutées au dossier.

C’est déterminant, car le système français fixe un nombre de trimestres requis pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Pour beaucoup de personnes, ce seuil est actuellement de 172 trimestres.

Si vous devez valider 172 trimestres mais que 16 sont accordés au titre des enfants, il ne vous reste plus qu’à acquérir 156 trimestres via des cotisations effectives ou des périodes assimilées. Cela permet d’atteindre plus tôt le taux plein et de réduire le risque d’une décote définitive.

Dans la fonction publique, les règles sont plus restrictives : les droits liés aux enfants sont en général plafonnés à quatre trimestres par enfant et les mécanismes sont différents. L’objectif reste toutefois le même : éviter que la maternité ne fasse chuter la retraite sur l’ensemble d’une vie.

Retraite anticipée et retraite progressive : de nouvelles marges de manœuvre pour les mères

À partir du 1er septembre, les mères gagnent aussi en souplesse concernant la retraite anticipée et la retraite progressive.

Pour un départ anticipé via le dispositif « carrière longue », jusqu’à deux trimestres par enfant peuvent désormais être pris en compte dans la durée exigée pour partir avant l’âge standard, sous réserve de remplir les autres conditions.

Ces mêmes trimestres liés aux enfants entrent aussi dans le calcul de l’accès à la retraite progressive, un dispositif qui permet de réduire son temps de travail et de percevoir une partie de sa retraite dès 60 ans, à condition d’avoir au moins 150 trimestres.

Pour celles qui ont enchaîné des années à temps partiel, la possibilité d’utiliser ces trimestres peut transformer un épuisement en fin de carrière en transition maîtrisée.

Majorations sur la pension : +10% dès trois enfants

Au-delà des trimestres, certaines mères voient leur pension augmenter grâce à des majorations en pourcentage.

Dès lors qu’un parent a élevé trois enfants, la pension de base - ainsi que la plupart des retraites complémentaires - est majorée de 10%. Cette majoration s’applique en général automatiquement, aux deux parents, et à vie.

Avec une pension mensuelle de 1 800 €, cela représente 180 € de plus, soit un total de 1 980 €. Sur une année, cela fait plus de 2 000 € de revenus supplémentaires, sans avoir besoin de prolonger sa carrière.

Quand le handicap donne droit à des trimestres supplémentaires

Les parents d’un enfant en situation de handicap peuvent bénéficier de droits additionnels. Si l’enfant présente un taux d’incapacité d’au moins 80% et ouvre droit à l’AEEH, un parent peut obtenir :

  • un trimestre supplémentaire au début de l’ouverture de droit
  • puis un trimestre tous les 30 mois de versement de la prestation
  • dans la limite de huit trimestres par enfant

Ces trimestres liés au handicap s’ajoutent aux trimestres habituels de maternité et d’éducation. Ils peuvent modifier de façon significative le calendrier d’accès à une retraite à taux plein.

Une surcote plus élevée pour certaines mères

Pour les mères nées en 1964 ou après, un autre levier apparaît lorsqu’elles atteignent le taux plein avant l’âge légal de départ.

Si elles disposent d’au moins un trimestre lié aux enfants et atteignent le taux plein avec un an d’avance, la majoration pour poursuite d’activité - la « surcote » - augmente. Chaque trimestre travaillé après l’obtention du taux plein majore la pension de 1.25%, dans la limite de 5%.

Concrètement, repousser son départ d’un an après le taux plein peut augmenter définitivement la retraite d’une mère jusqu’à 5%.

À compter du 1er septembre : moins de « mauvaises années » prises en compte pour les mères

Aujourd’hui, la plupart des pensions du privé sont calculées à partir des 25 meilleures années de salaire, revalorisées dans le temps. Ce mode de calcul pénalise souvent les mères dont la rémunération a baissé pendant les années où les enfants étaient petits.

À partir du 1er septembre, la règle de calcul évolue pour les mères :

Situation familiale Nombre de « meilleures années » retenues
Sans enfant 25 meilleures années
Mère de 1 enfant 24 meilleures années
Mère de 2 enfants ou plus 23 meilleures années

En retirant une ou deux années du calcul, le système élimine généralement des périodes à bas salaire ou à temps partiel qui faisaient baisser le salaire annuel moyen servant de base au calcul de la pension.

Moins il y a d’années retenues, plus il devient simple d’effacer les années les plus faibles et d’augmenter le salaire de référence - donc la pension mensuelle.

L’impact sera très variable. Une mère avec des revenus élevés et stables ne verra parfois qu’un gain limité. À l’inverse, une femme qui a passé plusieurs années au salaire minimum après une naissance, ou avec un temps de travail fortement réduit, pourrait constater une hausse plus visible.

Congé parental et AVPF : éviter les « trous » dans les droits

Beaucoup de mères redoutent que les années passées à s’arrêter de travailler, lorsque les enfants sont jeunes, créent des blancs dans la carrière. Deux mécanismes permettent de combler une partie de ces manques : les validations au titre du congé parental et l’AVPF.

Le congé parental peut générer jusqu’à trois années validées par enfant, et jusqu’à quatre années si l’enfant souffre d’une maladie grave ou d’un handicap. Ces périodes peuvent compter comme des trimestres validés pour la retraite.

Cependant, ces validations au titre du congé parental ne se cumulent pas avec les trimestres de maternité et d’éducation. La caisse compare les options et retient la plus favorable, mais pas les deux.

L’AVPF (Assurance vieillesse des parents au foyer) constitue un autre outil essentiel. Pour les parents qui arrêtent de travailler ou réduisent fortement leur activité afin de s’occuper des enfants, l’AVPF peut valider jusqu’à quatre trimestres par an, sur la base du salaire minimum, comme si ce revenu avait été perçu.

Pour une mère aux revenus modestes ou au foyer, l’AVPF peut convertir le travail de care non rémunéré en années comptabilisées pour la retraite.

Ces périodes AVPF sont prises en compte à la fois dans le total des trimestres validés et dans le calcul du salaire annuel moyen, qui influe directement sur le montant de la pension.

À quoi cela ressemble dans la vie réelle

Prenons le cas d’une femme née en 1966, mère de trois enfants, ayant commencé à travailler à 22 ans et ayant connu plusieurs années à temps partiel.

Sans droits familiaux, elle pourrait peiner à atteindre 172 trimestres validés au milieu de la soixantaine et risquer une retraite à taux réduit. Avec trois enfants, elle peut obtenir jusqu’à 24 trimestres supplémentaires. Cela peut permettre d’obtenir le taux plein plus tôt, ou de cesser de travailler dès que le nombre de trimestres est suffisant, sans craindre de pénalité.

À partir du 1er septembre, en tant que mère d’au moins deux enfants, sa pension sera en plus calculée sur ses 23 meilleures années et non sur 25. Si deux de ses années de début de carrière ont été très peu rémunérées en raison d’un temps partiel ou d’une reprise après une longue interruption, ces années pourraient désormais sortir du calcul.

Ajoutée à la majoration automatique de 10% pour trois enfants, la combinaison peut aboutir à une retraite nettement supérieure à celle qui aurait résulté des anciennes règles.

Notions clés à clarifier

Plusieurs termes techniques structurent ces nouveaux droits :

  • Trimestre : unité de durée de cotisation. En 2024, un trimestre se valide avec un montant relativement faible de revenus, et il est possible de valider jusqu’à quatre trimestres par an.
  • Taux plein : situation dans laquelle aucune décote définitive n’est appliquée. On l’atteint soit en totalisant le nombre de trimestres exigé, soit en atteignant l’âge automatique prévu par la réglementation.
  • Surcote : majoration de pension accordée lorsque l’on continue à travailler après le taux plein, calculée par trimestre supplémentaire.
  • Décote : réduction définitive appliquée lorsque le taux plein n’est pas atteint au moment du départ à la retraite.

Comprendre l’articulation de ces paramètres aide les mères à ajuster leur stratégie de fin de carrière : continuer pour bénéficier d’une surcote plus forte, ou s’arrêter dès que le bon nombre de trimestres est atteint en laissant jouer les droits familiaux.

Risques, arbitrages et stratégies pour les mères

La nouvelle règle de calcul est clairement avantageuse pour les mères, mais elle n’efface pas tous les choix à effectuer.

Opter pour de longs congés parentaux, par exemple, peut encore réduire les revenus cumulés sur la vie entière, ce qui peut peser sur le salaire moyen utilisé pour la retraite. Même lorsque des trimestres sont validés, ils peuvent l’être sur une base de salaire de référence plus faible.

Réduire son temps de travail peut préserver la santé et l’équilibre familial, mais les périodes à temps partiel entraînent souvent des marges plus serrées à la retraite. Certaines mères auront intérêt à vérifier si une hausse temporaire du temps de travail à mi-carrière pourrait augmenter à la fois le nombre de trimestres et le niveau de salaire pris en compte dans les 23 ou 24 « meilleures années ».

Pour les femmes qui approchent le début de la soixantaine, relire attentivement leur relevé de situation peut montrer si une année supplémentaire, avec la surcote renforcée, vaut le coup. Dans certains cas, cette seule année peut relever durablement le revenu plus qu’une longue période d’épargne.

Pendant des années, on a répété aux mères françaises que la maternité « se payait » au moment de la retraite. À partir du 1er septembre, les règles se rapprochent un peu d’une réalité souvent oubliée : élever des enfants, c’est aussi du travail - et un système de retraite ne peut l’ignorer sans créer une injustice profonde.

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