Aller au contenu

Longue carrière : ce qui change pour les générations 1965-1970 avec le 1er septembre 2026

Couple mûr discutant d'un calendrier à table avec ordinateur, calculatrice et lunettes dans une cuisine lumineuse.

Les personnes nées entre 1965 et 1970 doivent revoir leur stratégie de départ à la retraite : les règles de la « longue carrière » sont de nouveau en train de bouger.

La suspension temporaire de la réforme des retraites à partir de 2026 reconfigure les départs anticipés pour les assurés ayant une longue carrière. Selon l’année de naissance, certains récupèrent quelques mois, d’autres ne gagnent rien. Désormais, l’élément déterminant n’est plus seulement la date de naissance : la date exacte de prise d’effet de la retraite devient décisive.

Ce que recouvre la « longue carrière »

Le dispositif visé est celui de la retraite anticipée au titre de la longue carrière, pensé pour les personnes entrées très tôt sur le marché du travail. En pratique, un assuré qui a commencé à travailler avant ses 20 ans et qui totalise suffisamment de trimestres peut partir avant l’âge légal.

"L’État récompense les personnes qui étaient déjà en activité à 16, 17 ou 19 ans par un départ à la retraite plus tôt - si toutes les conditions sont réunies."

La suspension envisagée de la réforme décale à nouveau les âges d’ouverture des droits. Le point de départ est un projet de décret sur lequel s’appuie l’Assurance retraite. De ce texte dépendent les nouveaux tableaux applicables aux générations 1964 à 1970.

Nouveaux âges de départ : panorama des générations 1964 à 1970

Pour la retraite anticipée au titre de la longue carrière, le calendrier suivant s’appliquerait - selon l’état actuel du projet - lorsque le début d’activité intervient avant 20 ans :

Année / période de naissance Âge possible de départ (longue carrière) Trimestres cotisés requis Évolution par rapport au calendrier 2023
1964 60 ans et 6 mois 170 trimestres Aucun changement
1.1.1965 – 30.11.1965 60 ans et 9 mois 170 trimestres Aucun changement
1.12.1965 – 31.12.1965 60 ans et 8 mois 171 trimestres 1 mois plus tôt
1966 60 ans et 9 mois 172 trimestres 3 mois plus tôt
1967 61 ans 172 trimestres 3 mois plus tôt
1968 61 ans et 3 mois 172 trimestres 3 mois plus tôt
1969 61 ans et 6 mois 172 trimestres 3 mois plus tôt
1970 61 ans et 9 mois 172 trimestres 3 mois plus tôt

La question centrale est donc : qui y gagne réellement ? Deux profils ressortent surtout :

  • Les personnes nées en décembre 1965 : elles avancent d’un mois.
  • Les générations 1966 à 1970 : chacune gagnerait trois mois par rapport au calendrier 2023.

À l’inverse, les assurés nés en 1964 ou au cours des onze premiers mois de 1965 ne voient aucune amélioration. Explication : au moment de l’entrée en vigueur de la nouvelle règle, ils ont déjà atteint l’âge pertinent. Le nouveau droit ne s’applique qu’aux retraites dont le point de départ intervient à partir de septembre 2026.

Date pivot du 1er septembre 2026 : le détail qui change tout

Un point particulier perturbe beaucoup de simulations : ce n’est pas uniquement la date de naissance qui compte, mais la date à laquelle la retraite commence effectivement. Le projet fixe un seuil clair : le 1er septembre 2026.

"Même si les conditions sont remplies avant, le fait de faire démarrer la retraite à partir du 1er septembre 2026 peut permettre de bénéficier d’un âge plus favorable."

Exemples concrets

Exemple 1 : naissance en juin 1965. L’assuré au titre de la longue carrière atteint le nouvel âge de 60 ans et 9 mois en mars 2026. S’il liquide sa retraite dès le printemps 2026, il reste soumis à l’ancien calendrier : il n’obtient pas d’abaissement.

Exemple 2 : naissance le 15 décembre 1965. L’âge pertinent de 60 ans et 8 mois tombe à la mi-août 2026. En faisant démarrer la retraite au 1er septembre 2026 (ou après), l’assuré bascule dans la règle nouvelle, plus avantageuse.

Conséquence : choisir la date de départ devient une décision presque « tactique ». Travailler un ou deux mois de plus peut, paradoxalement, permettre d’entrer dans un dispositif autorisant un départ officiellement plus précoce que prévu.

Conditions d’accès à la retraite pour longue carrière

Les critères de base restent identiques. Deux conditions doivent être réunies en même temps :

  • Avoir commencé à travailler avant 20 ans
  • Atteindre un nombre de trimestres d’assurance requis, variable selon la génération

Le niveau exigé augmente légèrement selon l’année de naissance :

  • 1964 ainsi que du 1.1.1965 au 30.11.1965 : 170 trimestres
  • Décembre 1965 : 171 trimestres
  • 1966 à 1970 : 172 trimestres

Les périodes retenues ne se limitent pas aux seules années de travail « classiques ». Parmi les périodes prises en compte figurent notamment :

  • trimestres cotisés au titre d’une activité salariée
  • périodes de congé maternité ou paternité
  • périodes de formation en alternance ou stages rémunérés
  • service militaire ou service de remplacement

En revanche, même si le chômage peut compter pour la retraite en général, il n’est pas retenu, pour la longue carrière, comme une preuve d’activité précoce. Les personnes ayant connu des interruptions longues doivent donc vérifier avec précision qu’elles atteignent bien le seuil requis.

Ce qui change (ou non) pour la retraite complémentaire

Pour de nombreux salariés, la retraite complémentaire d’entreprise et de branche est un enjeu majeur. Dans le système français, cela renvoie surtout à l’Agirc‑Arrco.

"Lorsque la longue carrière est reconnue, la caisse complémentaire verse en principe la prestation sans décote."

Autrement dit : si l’assuré remplit les conditions du régime de base pour la retraite anticipée et part à cette date, il n’a généralement pas à craindre un coefficient de minoration lié à un départ plus précoce pour la complémentaire. La retraite complémentaire s’aligne sur le régime de base, à condition que l’éligibilité soit confirmée.

Situation provisoire : pourquoi tout n’est pas figé

Le calendrier présenté repose sur un projet de décret qui n’a pas encore été publié au Journal officiel. L’Assurance retraite utilise déjà ces repères pour informer et alimenter certains simulateurs, mais l’ensemble n’a pas encore de valeur juridique définitive.

S’ajoute un facteur politique : la suspension de la réforme des retraites est limitée dans le temps. Après l’élection présidentielle de 2027, plusieurs trajectoires restent possibles - du gel durable à un retour au calendrier initial, voire à une refonte complète. Les assurés qui planifient aujourd’hui doivent intégrer cette incertitude.

Ce que les assurés doivent faire dès maintenant

Pour les générations 1965 à 1970, un état des lieux détaillé vaut clairement l’effort. En pratique, il est recommandé de :

  • Contrôler le relevé de carrière : toutes les périodes d’emploi, de formation et de famille sont-elles bien enregistrées ?
  • Vérifier le début d’activité : le premier emploi cotisé est-il réellement antérieur aux 20 ans ?
  • Tester plusieurs dates de départ : simuler différentes prises d’effet (par exemple 3, 6 ou 9 mois plus tard).
  • Intégrer l’Agirc‑Arrco : s’assurer que la date retenue est aussi pertinente pour la retraite complémentaire.

Un calcul simple permet d’estimer si la nouvelle règle peut s’appliquer : partir de la date de naissance, ajouter l’âge indiqué dans le tableau, puis regarder si le mois obtenu tombe avant ou après septembre 2026. Si l’échéance arrive juste avant, un décalage minimal de la date de départ peut ouvrir l’accès à l’âge plus favorable.

Pourquoi quelques mois peuvent représenter beaucoup d’argent

Beaucoup d’assurés raisonnent en années (60, 61, 62). Or, dans les tableaux actuels, ce sont surtout des mois qui font la différence. Un départ avancé de trois mois peut, sur une durée de retraite longue, représenter une somme à cinq chiffres en euros. À l’inverse, démarrer un peu plus tard peut être la clé pour accéder au départ anticipé au titre de la longue carrière.

Pour les métiers physiquement éprouvants, ces mois ne sont pas une simple variable administrative : pour les soignants, les ouvriers du bâtiment ou les salariés en horaires décalés, trois mois de travail en moins peuvent signifier moins de risques pour la santé. Mais tout dépend du nombre de trimestres : celles et ceux qui ont travaillé longtemps à temps partiel ou qui ont connu des pauses devront effectuer un calcul très précis avec l’Assurance retraite pour vérifier que le seuil est bien atteint.

Pour les générations nées à partir de 1966, une chose ressort nettement : la longue carrière reste un levier majeur pour sortir relativement tôt malgré le décalage des âges. Pour en profiter, il faut organiser ses justificatifs dès maintenant et garder un œil très attentif sur la date pivot du 1er septembre 2026.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier!

Laisser un commentaire