Apprendre à conduire au Portugal s’apprête à évoluer. Le Gouvernement a validé en Conseil des ministres un nouveau Régime juridique de l’enseignement de la conduite, intégré au « paquet » Mobilité 2.0. Ce cadre ouvre la possibilité aux candidats au permis de conduire (catégorie B) d’apprendre avec un tuteur, en substitution partielle des leçons pratiques réalisées en auto-écoles.
Il s’agit d’un changement important par rapport au dispositif actuellement appliqué, même si la réforme ne part pas de rien. Jusqu’à présent, la conduite accompagnée avec tuteur existait déjà dans la loi. La nouveauté est qu’elle peut, pour la première fois, remplacer une partie de la formation pratique classique.
Ce qui était déjà autorisé jusqu’ici : conduite accompagnée par tuteur au Portugal
Jusqu’à maintenant, la conduite accompagnée par un tuteur n’était qu’un ajout à la formation pratique obligatoire, et non une alternative. Pour accéder à ce régime, le candidat devait d’abord atteindre un minimum d’heures et de kilomètres de conduite avec un instructeur certifié.
Ce n’est qu’ensuite que la conduite avec un tuteur agréé était possible. Ce tuteur devait respecter des exigences précises - allant de l’ancienneté du permis à l’absence d’infractions routières graves - et il devait également assumer la responsabilité des infractions commises par l’élève.
En pratique, ce mécanisme servait surtout à accumuler de l’expérience supplémentaire, sans se substituer à l’enseignement délivré par les auto-écoles.
Qu’est-ce qui vient d’être approuvé ?
La décision prise par le Gouvernement change ce principe. Avec le nouveau régime, l’apprentissage avec tuteur devient une alternative à la fréquentation des leçons pratiques traditionnelles, tout en laissant aux auto-écoles le rôle d’évaluer si des cours complémentaires sont nécessaires.
« Nous permettons l’enregistrement du tuteur, sans retirer le rôle absolument essentiel des auto-écoles et l’examen final de conduite qui suit », a ajouté Miguel Pinto Luz, ministre des Infrastructures et du Logement.
D’après le ministre, l’objectif est de mettre en place un modèle garantissant toutes les dimensions de la sécurité routière, tout en rendant possible un apprentissage, par exemple, au sein de la famille - comme des parents vers leurs enfants ou des grands-parents vers leurs petits-enfants.
Le dispositif vise les candidats de plus de 18 ans souhaitant obtenir le permis de la catégorie B (véhicules légers).
En complément, la « mise en commun et la location de véhicules » ont aussi été précisées, afin de réduire les charges. « Les auto-écoles peuvent gérer leurs flottes de service en les mutualisant », conclut Pinto Luz.
Tous les détails opérationnels de ce nouveau modèle ne sont pas encore connus. En revanche, il est déjà établi que l’apprentissage avec tuteur cesse d’être un simple complément et peut désormais occuper une place centrale dans le parcours de formation - un changement qui suscite des critiques dans le secteur.
L’ANIECA s’oppose à la décision
Selon l’Association nationale des auto-écoles (ANIECA), la mesure validée par le Gouvernement ne fait pas consensus. L’association la qualifie de « recul civilisationnel » en matière de sécurité routière et met en garde contre d’éventuelles conséquences négatives sur l’accidentalité.
« L’ANIECA rappelle que toutes les entités pertinentes de l’enseignement de la conduite ont exprimé leur opposition à ces mesures. L’approbation de modifications structurelles du régime juridique de l’enseignement de la conduite contre le consensus technique et professionnel du secteur est incompréhensible et profondément préoccupante », peut-on lire dans le communiqué.
L’association estime que la réduction de la formation pratique assurée par des instructeurs certifiés affaiblit la qualité de l’apprentissage et cite des exemples internationaux où des modèles proches ont été abandonnés. À titre de comparaison, elle évoque des pays comme les États-Unis, où ce système existe, mais avec des taux de mortalité routière nettement supérieurs à ceux du Portugal.
Reste désormais à comprendre comment l’application concrète du nouveau régime sera réglementée, et de quelle manière seront maintenus les critères de sécurité qui, jusqu’ici, encadraient très strictement ce type d’apprentissage.
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