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Revue annuelle 2025 de la marine chinoise

Sous-marin noir amarré au quai avec plusieurs marins en gilets orange, navire militaire et drone en arrière-plan.

Derrière les grilles des chantiers navals, et au fil de quelques images satellites, la Marine de l’Armée populaire de libération (PLAN) a laissé transparaître ses priorités du moment : davantage de sous-marins nucléaires, davantage de navires ravitailleurs, des bases plus vastes, ainsi qu’une exploration prudente d’équipements expérimentaux allant des bateaux-drones aux barges d’invasion auto-élévatrices.

Les sous-marins nucléaires passent au premier plan

Le changement le plus déterminant de 2025 se joue sous la surface. La Chine opère, de façon progressive et structurée, un basculement d’une flotte sous-marine dominée par des unités diesel-électriques vers des architectures à propulsion nucléaire, plus performantes.

Au cœur de cette montée en puissance se trouve le chantier de Bohai à Huludao, qui demeure, depuis les années 1950, l’unique site de production de sous-marins nucléaires chinois. Le complexe a pris une ampleur considérable : nouveaux bassins de radoub et vastes halls couverts, devenus un point de fixation pour les analystes scrutant l’imagerie satellite commerciale.

L’attention se concentre sur le Type 09IIIB, un nouveau sous-marin nucléaire lanceur de missiles guidés (SSGN) qui semble entrer en production en série.

« Les meilleures estimations open source suggèrent qu’environ sept sous-marins Type 09IIIB ont été construits à la fin de 2025, avec une huitième coque possible début 2026. »

Des rapports du gouvernement américain indiquent qu’au moins quatre de ces unités ont été mises à l’eau entre mi‑2022 et début 2023, ce qui implique un plancher d’environ deux mises à l’eau par an. Les observateurs qui suivent l’activité du site estiment que la capacité réelle de Bohai est supérieure, mais qu’elle est difficile à mesurer en raison d’images limitées et de travaux de maintenance menés en parallèle sur des sous-marins nucléaires plus anciens.

Bohai ne se limite pas aux constructions neuves. Le chantier fait également passer des sous-marins d’attaque Type 09III et des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins Type 09IV dans ses nouvelles installations pour des modernisations et des grandes révisions. Ces rotations, souvent accompagnées de transits par le détroit de Taïwan vers Hainan, reviennent régulièrement dans le suivi régional des activités de la PLAN.

Les décomptes open source actuels indiquent :

  • 6 sous-marins nucléaires d’attaque Type 09III/A (SSN)
  • 6 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins Type 09IV/A (SSBN)
  • 2–3 SSGN Type 09IIIB probablement déjà en service opérationnel
  • 3 unités plus anciennes Type 09I largement cantonnées à l’entraînement

Si le rythme de production se maintient, la flotte de 09IIIB devrait dépasser en nombre les anciens sous-marins nucléaires d’attaque chinois d’ici la fin de la décennie, donnant à la PLAN une force sous-marine hauturière plus étoffée et plus modulable.

Retards possibles pour le prochain sous-marin lanceur d’engins : Type 09VI

Un point reste difficile à cerner : le sous-marin stratégique de nouvelle génération, désigné Type 09VI. Des évaluations américaines ont évoqué d’éventuels retards, et certains analystes anticipaient la construction d’unités Type 09IV/A supplémentaires en solution d’attente.

Pourtant, les images de 2025 ne montrent pas clairement de nouvelles coques de 09IV en construction. Ce que l’on observe surtout, c’est un flux de SSBN existants revenant à Bohai pour entretien. À ce stade, la Chine semble accepter de s’appuyer sur sa flotte actuelle de six sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, le temps de stabiliser la conception et le calendrier de leur successeur.

Les sous-marins conventionnels marquent une pause, tandis que les exportations s’accélèrent

Alors que la construction nucléaire s’intensifie, le segment diesel-électrique paraît nettement plus calme. La composante conventionnelle chinoise demeure importante, mais 2025 ne laisse que peu d’indices d’une nouvelle génération entrant en service domestique.

L’inventaire comprend dix sous-marins de classe Kilo construits en Russie, 13 Type 039 (Song) plus anciens, 21 Type 039A/B (Yuan), ainsi qu’un nombre réduit mais en hausse de Type 039C améliorés. La vénérable classe Type 035 « Ming » semble s’être discrètement retirée du service au sein de la PLAN, certaines unités ayant été transférées à des marines comme celles du Bangladesh et du Myanmar.

Un élément intrigue néanmoins : des coques vieillissantes de Type 039. Des images récemment apparues montrent au moins un bâtiment avec des modifications visibles à la poupe, probablement en vue d’emporter des charges externes. Cela suggère une reconversion possible en plateformes d’essai ou en moyens dédiés à des missions spéciales, plutôt qu’en sous-marins de première ligne.

Le Pakistan devient le client principal : Hangor class

En 2025, la ligne de production la plus active en matière de sous-marins conventionnels en Chine ne sert, en réalité, que marginalement la PLAN. À Wuhan, Wuchang Shipbuilding est surtout mobilisé par un contrat d’exportation vers le Pakistan portant sur huit sous-marins de classe Hangor, une variante personnalisée du Type 039A/B.

« À la fin de 2025, quatre coques Hangor destinées au Pakistan avaient été mises à l’eau en Chine, ouvrant la voie à l’assemblage de quatre autres à Karachi. »

Le calendrier des mises à l’eau est le suivant :

Bateau Chantier naval Date de mise à l’eau
Hangor 1 Wuchang, Wuhan avril 2024
Hangor 2 Wuchang, Wuhan 15 mars 2025
Hangor 3 Wuchang, Wuhan 16 août 2025
Hangor 4 Wuchang, Wuhan 18 décembre 2025

Cette priorité donnée à l’export relance aussi les interrogations autour du mystérieux sous-marin « Type 041 » ou « Zhou », associé à un incident à Wuchang en 2024. Les hypothèses ont couvert un spectre large, d’un modèle à propulsion nucléaire à un diesel-électrique bénéficiant d’une forme d’appui énergétique nucléaire. Les dernières évaluations américaines n’évoquent l’épisode que brièvement et le rattachent plutôt à des problèmes généraux de corruption et de mauvaise gestion, sans trancher sur la nature exacte du bâtiment.

La flotte de ravitaillement s’étoffe pour soutenir des opérations lointaines

Loin des halles dédiées aux sous-marins, 2025 a été une année dense pour l’épine dorsale logistique de la PLAN. De nouvelles images révèlent des pétroliers ravitailleurs de la série Type 903 en cours d’armement à Wuhu, sur le Yangtsé, ainsi qu’à COMEC à Guangzhou.

La famille Type 903, d’un déplacement supérieur à 20 000 tonnes, constitue depuis longtemps le « cheval de trait » permettant de soutenir des groupes de bâtiments chinois dans l’ouest de l’océan Indien et au-delà. Après plus de dix ans de missions anti‑piraterie et de patrouilles régulières au large, les neuf navires initiaux ont fortement été sollicités.

« Les analystes estiment désormais qu’au moins cinq pétroliers Type 903 supplémentaires sont en construction ou en essais, soit une hausse d’environ 50 % pour cette classe à elle seule. »

Au moins une nouvelle coque était en essais en mer à la mi‑2025, tandis qu’une autre a été repérée en remorquage vers l’aval depuis Wuhu. L’augmentation du parc de ravitailleurs donnera à la Chine davantage de marge pour soutenir simultanément plusieurs déploiements hauturiers.

L’attention se porte désormais sur les Type 901, beaucoup plus grands, des navires de soutien rapide conçus pour accompagner des groupes aéronavals et des formations amphibies. Avec trois porte-avions opérationnels et d’autres prévus, il serait logique de voir suivre de nouvelles coques Type 901. Pour l’instant, toutefois, aucune preuve visuelle réellement convaincante n’indique que de nouvelles unités de cette classe soient en construction.

De nouveaux quais pour une flotte plus volumineuse

Navires et sous-marins ont besoin d’infrastructures d’accueil, et sur ce plan aussi, 2025 a été marqué par une forte activité. L’imagerie satellite des bases navales chinoises montre des chantiers importants sur plusieurs sites clés.

À Yulin, sur l’île de Hainan, qui abrite à la fois des sous-marins nucléaires et de grands bâtiments de surface, de nouveaux postes à quai et des zones de maintenance élargies ont été ajoutés au cours de l’année. La base se transforme progressivement en un nœud capable de soutenir plusieurs groupes aéronavals, ainsi qu’un écran dense d’escorteurs et d’auxiliaires en mer de Chine méridionale.

Plus au nord, la base de Yuchi près de Qingdao, en mer Jaune, connaît des modernisations comparables. Des quais prolongés et de nouvelles infrastructures de façade maritime laissent entendre qu’elle pourrait accueillir un mélange de porte-avions, de grands destroyers et d’unités de soutien.

D’autres emplacements ont évolué de manière plus discrète : ajustements à Bohai, améliorations sur la première base de sous-marins nucléaires à Jianggezhuang, et capacités amphibies renforcées à Zhanjiang. L’ensemble suggère une marine qui ne se contente pas d’ajouter des coques, mais bâtit aussi le réseau côtier nécessaire pour soutenir des opérations à cadence élevée.

Projets expérimentaux : barges auto-élévatrices et « flottes fantômes » de drones

En 2025, l’industrie de défense chinoise a consacré une part notable de ses efforts à tester des concepts qui, à première vue, peuvent sembler déroutants. Certains resteront peut-être au stade des essais. D’autres pourraient, plus discrètement, influencer la manière dont la PLAN envisage la guerre maritime.

Barges amphibies auto-élévatrices et la question de Taïwan

Le cas le plus commenté est celui d’une série de barges amphibies auto-élévatrices observées chez COMEC à Guangzhou. Ces plateformes à pont plat, dotées de longues jambes pouvant être abaissées jusqu’au fond, sont conçues pour se stabiliser à proximité du rivage.

« Les analystes voient dans ces barges un moyen potentiel de débarquer du matériel lourd sur des plages contestées là où les ports sont endommagés ou inexistants, en particulier dans un scénario taïwanais. »

Les essais menés tout au long de 2025 sont restés prudents et plutôt limités : peu de déplacements et des tests à quai, plutôt que des exercices de grande ampleur très médiatisés. Ce rythme lent peut traduire une complexité technique, des débats internes sur le concept d’emploi, ou tout simplement une volonté de ne pas signaler trop bruyamment certaines intentions.

Bâtiments sans équipage (USV/UUV) : des avancées, mais peu de preuves d’adoption

La Chine investit également dans les navires de surface sans équipage (USV) et les véhicules sous-marins sans équipage (UUV). Lors d’un défilé militaire très suivi en septembre, une série de drones maritimes a été présentée, avec des modèles orientés vers la surveillance, la guerre des mines et, potentiellement, des missions de frappe.

Dans les images satellites, un élément revient fréquemment : le Jari-USV, un petit bateau-drone de combat, accompagné d’un trimaran caractéristique souvent désigné « 200-ton USV ». Ces plateformes ont été vues sur des bases comme Lianyungang, signe d’essais continus au sein de l’infrastructure d’entraînement de la marine.

Malgré cela, les indices publics d’une intégration à grande échelle dans le service de première ligne restent limités. Le contraste est net avec l’entrée en service très visible de destroyers, frégates et sous-marins nucléaires. L’écart suggère qu’à ce stade, les systèmes sans équipage sont évalués avec prudence, pendant que la PLAN privilégie des capacités éprouvées et opérées par équipage.

Étrangetés d’une industrie de défense en montée en maturité

D’autres programmes plus exotiques ont également émergé en 2025, notamment :

  • des submersibles expérimentaux, avec un statut (habité ou non) difficile à établir et un armement inconnu
  • un concept de « porte-drones/porte-aéronefs VTOL » qui aurait été construit par le conglomérat public de construction navale CSSC
  • des engins à effet de sol (wing‑in‑ground effect craft) observés en vol rasant au-dessus de la mer de Chine méridionale, pouvant viser du transport rapide ou des rôles paramilitaires
  • un navire cargo d’apparence commerciale équipé de lanceurs conteneurisés, de capteurs et même d’une catapulte pour drones

Certains commentaires occidentaux ont rapidement qualifié ces navires de raiders clandestins ou de plateformes de missiles déguisées. Une lecture plus prosaïque est plausible : des entreprises chinoises multiplient les démonstrations de concepts afin d’obtenir des financements publics, en reproduisant une dynamique de type « jeunes pousses » que l’on observe dans des pôles occidentaux d’innovation de défense.

Ce que ces tendances impliquent concrètement

Pour les lecteurs moins familiers du vocabulaire naval, quelques notions méritent d’être précisées. Un SSGN, par exemple, est un sous-marin à propulsion nucléaire principalement armé de missiles de croisière ou antinavires, et pas seulement de torpilles. Par rapport à des sous-marins d’attaque plus anciens, un SSGN peut frapper des cibles terrestres, des groupes navals et des infrastructures fixes à longue distance, souvent sans devoir pénétrer des zones fortement défendues.

Les pétroliers ravitailleurs comme le Type 903 constituent un autre atout parfois sous-estimé. Ils permettent de ravitailler en carburant et de réapprovisionner en mer des bâtiments de combat, prolongeant leur présence sur zone pendant des semaines, voire des mois. À mesure que la Chine augmente ce type de moyens, elle acquiert la capacité très pratique de maintenir simultanément plusieurs groupes navals actifs loin de ses côtes, que ce soit dans l’océan Indien, le Pacifique, ou au-delà.

En envisageant des scénarios possibles, une crise future autour de Taïwan mobiliserait vraisemblablement des sous-marins nucléaires pour tenir à distance les marines américaine et alliées, tandis que des sous-marins conventionnels et des bâtiments de surface opéreraient plus près des rivages chinois. Des barges auto-élévatrices pourraient servir à stabiliser des nœuds logistiques près des zones de débarquement, pendant que des bateaux-drones reconnaîtraient l’avant pour détecter mines et embuscades. Tous ces systèmes n’ont pas besoin de réussir pleinement pour offrir à Pékin davantage d’options et compliquer la planification adverse.

Des risques et des limites existent aussi. Mettre en service trop vite des conceptions complexes peut déboucher sur des accidents, comme le laisse entendre l’épisode supposé du « Type 041 ». L’expansion rapide d’infrastructures dans des zones sensibles comme Hainan et la mer Jaune peut susciter une vigilance accrue et inciter les États voisins à renforcer leurs propres forces. Enfin, plus l’extension de la portée navale chinoise devient visible, plus ses navires logistiques et ses moyens expérimentaux seront suivis et analysés en temps réel.

Pris dans leur ensemble, les signaux de 2025 décrivent une marine chinoise qui gagne en profondeur : davantage de coques nucléaires pour la portée, davantage de ravitailleurs pour l’endurance, davantage de quais pour la capacité d’accueil, et une pile croissante de prototypes susceptibles - ou non - de devenir des outils courants de puissance maritime. Pour les planificateurs à Washington, Tokyo, Londres ou New Delhi, l’enjeu consiste moins à repérer chaque plateforme qu’à déterminer lesquelles de ces expérimentations modifieront réellement l’équilibre en mer.

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