Des clients sont arrivés avec leur liste de courses bien en tête et sont repartis avec des interrogations, confrontés à des portes closes et à un avis lapidaire.
Ce qui ressemblait à une tournée d’achats classique, un week-end, sur l’île de La Réunion a viré au choc pour de nombreux habitants et salariés. Deux supermarchés partenaires rattachés à la galaxie Intermarché ont cessé leur activité du jour au lendemain, sans avertissement préalable pour la clientèle et, d’après des employés, avec très peu d’informations transmises en interne.
Des fermetures soudaines qui ont pris de court les habitués
Les fermetures concernent deux magasins Intermark exploités par le groupe Thien Ah Koon (TAK), partenaire de longue date d’Intermarché au sein du réseau des Mousquetaires. Ces points de vente, implantés dans des zones d’habitat dynamiques, s’étaient imposés comme des supermarchés de proximité de taille intermédiaire, pratiques pour les courses du quotidien.
Le samedi 25 janvier, des clients fidèles se sont présentés comme à l’accoutumée, beaucoup comptant sur les offres saisonnières liées au Nouvel An chinois. À la place des affiches promotionnelles, ils ont découvert un simple document imprimé scotché sur les portes d’entrée, indiquant que les magasins ne rouvriraient pas.
Des habitants de La Réunion ont découvert du jour au lendemain que deux magasins partenaires d’Intermarché avaient fermé définitivement, laissant 20 personnes sans emploi.
Le calendrier a rendu la décision d’autant plus brutale. Les rayons auraient dû se remplir de familles préparant des repas de fête et profitant de prix remisés pour refaire les placards. À la place, les parkings se sont vidés rapidement, à mesure que l’information circulait et que le caractère définitif de la fermeture se confirmait.
Ces deux magasins se trouvent dans le département français d’outre-mer de La Réunion, dans l’océan Indien, un territoire où le coût de la vie pèse déjà fortement sur les budgets des ménages et où la concurrence entre enseignes joue un rôle central dans la formation des prix.
Où les supermarchés Intermark ont-ils fermé à La Réunion ?
Le groupe TAK a confirmé l’arrêt de l’activité de deux magasins Intermark précis sur l’île :
- Intermark au 13ᵉ km, au Tampon
- Intermark dans le secteur des Jardins d’Ugo, à Saint-Pierre
Ces deux emplacements desservaient des bassins de clientèle denses et faisaient partie du paysage local : courses d’appoint, achats du quotidien, et « gros » panier hebdomadaire.
Une décision économique « difficile », selon le groupe TAK
Le groupe TAK, piloté par l’homme d’affaires et figure politique locale Eugène Thien Ah Koon avec ses fils Éric et Frédéric, présente ces fermetures comme une solution de dernier recours. La direction affirme avoir tenté à plusieurs reprises de relancer l’activité sur ces sites.
Selon sa version des faits, plusieurs leviers auraient déjà été actionnés : investissements supplémentaires, opérations commerciales pour regagner des clients, et recherches pour trouver un repreneur en mesure de reprendre les magasins. Aucune de ces initiatives n’aurait permis un redressement durable.
Après « de multiples actions et investissement pour dynamiser le site et préserver les emplois », le groupe dit ne pas avoir trouvé d’autre option viable que de fermer définitivement les magasins.
Faute d’acquéreur, la décision a été prise d’arrêter les ventes à compter du soir du samedi 25 janvier. Pour les vingt salariés concernés, cela s’est traduit par la perte de leur emploi dans un secteur de la distribution où les opportunités sont déjà limitées.
Colère des salariés face à une fermeture « dans le silence »
Des employés cités par le journal local Le Quotidien de La Réunion disent leur exaspération devant la manière dont la fermeture s’est déroulée. Ils dénoncent des décisions prises « dans le silence », sans communication suffisamment en amont ni délai réel pour se préparer.
Pour ces salariés, le choc ne tient pas seulement à la fin d’un salaire, mais aussi à la rapidité et au format de l’annonce. Beaucoup avaient organisé leur quotidien autour de ces postes, dans des zones où se déplacer vers d’autres communes peut être compliqué et où le prix du carburant augmente.
Au-delà de ces deux magasins, l’épisode nourrit un sentiment de fragilité parmi les employés des supermarchés sur l’île, alors que plusieurs groupes réévaluent leur présence et la rentabilité des formats de taille intermédiaire.
Ce que cela implique pour Intermarché et son réseau de partenaires
Intermarché repose sur le modèle des Mousquetaires, constitué d’indépendants et d’un maillage de partenariats. Le groupe TAK, à la tête de supermarchés sous bannière Intermark, illustre cette organisation : des entrepreneurs locaux s’appuient sur la puissance d’achat et la logistique d’un grand ensemble, tout en assumant la gestion opérationnelle au quotidien.
Quand un partenaire ferme des magasins, l’impact dépasse largement une simple enseigne. Les fournisseurs, les flux logistiques et les habitudes de consommation doivent se réajuster. À La Réunion, la situation interroge la viabilité des supermarchés « milieu de gamme » dans des territoires où :
- les coûts logistiques restent élevés du fait de l’insularité et de l’éloignement de l’Europe continentale ;
- le pouvoir d’achat est sous tension, entre inflation et salaires peu dynamiques ;
- les discounters et les très grands hypermarchés se livrent une concurrence agressive sur les prix ;
- les courses en ligne et les formules drive captent une part croissante des paniers.
Les fermetures mettent en lumière des fragilités structurelles du commerce alimentaire à La Réunion : dépendance aux importations, pouvoir d’achat vulnérable et compétition tarifaire intense.
Pour Intermarché et ses partenaires, tenir dans de tels environnements exige une adaptation permanente : politique de prix plus affûtée, assortiment mieux ciblé, calendrier promotionnel solide et relations renforcées avec des producteurs locaux afin de limiter certains coûts de transport.
Cinq magasins Intermark restent ouverts sur l’île
Le groupe TAK ne se retire pas de la distribution alimentaire à La Réunion. Cinq supermarchés Intermark continuent d’opérer dans le cadre du partenariat avec Intermarché :
| Enseigne | Localisation | Statut |
|---|---|---|
| Intermark | Saint-Denis | Ouvert |
| Intermark | Saint-Gilles | Ouvert |
| Intermark | Saint-Joseph | Ouvert |
| Intermark | 400 Saint-Pierre | Ouvert |
| Intermark | Plaine des Cafres | Ouvert |
Ces magasins restants portent désormais une partie de l’enjeu de réassurance, à la fois auprès des clients et des équipes. Les habitants touchés par les fermetures devraient déplacer une partie de leurs achats vers ces points de vente ou vers des enseignes concurrentes, ce qui pourrait modifier les flux de clientèle et les niveaux de chiffre d’affaires dans les prochains mois.
Des tensions plus larges sur la distribution alimentaire dans les territoires ultramarins
Même si le nombre de magasins concernés est limité, ces fermetures font écho à une dynamique plus vaste observée dans plusieurs départements d’outre-mer. Les distributeurs doivent composer avec une équation complexe : forte part de produits importés, prix du fret maritime instable, encadrement strict des marges, et pression politique autour de l’accessibilité des prix alimentaires.
Quand la croissance ralentit ou que les coûts logistiques flambent, les supermarchés de taille intermédiaire sont souvent les premiers exposés. Leurs charges sont plus élevées que celles des hard-discounters, tout en ne bénéficiant pas des volumes des grands hypermarchés installés dans de vastes centres commerciaux.
À La Réunion, les débats sur le coût de la vie reviennent régulièrement. Associations de consommateurs et syndicats interrogent la structure des réseaux de distribution et les marges prises à chaque étape de la chaîne de valeur. Dans ce contexte, chaque fermeture prend une dimension symbolique, alimentant la crainte de pertes d’emplois et d’un recul de la concurrence.
Les fermetures de magasins dans les régions éloignées restent rarement des sujets uniquement locaux ; elles alimentent les débats nationaux sur les prix alimentaires, la concentration du marché et les inégalités territoriales.
Ce que les habitants et les salariés peuvent concrètement attendre maintenant
Pour les vingt salariés licenciés au Tampon et à Saint-Pierre, les préoccupations immédiates portent sur l’indemnisation chômage, d’éventuelles possibilités de reclassement vers d’autres magasins et les solutions de reconversion. Les collectivités locales et les services de l’emploi chercheront vraisemblablement à construire des passerelles vers :
- des postes dans d’autres supermarchés ou hypermarchés de l’île ;
- des emplois dans la logistique, compte tenu de la dépendance régionale aux produits importés ;
- des formations dans des secteurs en croissance comme les services à la personne, l’hôtellerie-restauration ou les énergies renouvelables.
Côté consommateurs, les effets se verront surtout dans le temps de trajet, le choix de produits et le budget hebdomadaire. Dans certains quartiers, ces magasins participaient à maintenir une pression concurrentielle sur les prix. Leur disparition peut inciter les ménages à surveiller davantage les étiquettes et à s’adapter en :
- regroupant les achats pour limiter les dépenses de carburant ;
- privilégiant les marques de distributeur et les formats en vrac ;
- se tournant vers les marchés frais ou les circuits courts lorsque les prix s’y prêtent.
Lire ce dossier comme un signal pour le secteur
Pour des analystes du commerce alimentaire en France et en Europe, ces fermetures peuvent être interprétées comme un cas d’école. Les modèles fondés sur des partenaires, comme celui d’Intermarché, fonctionnent lorsque les risques sont partagés et que l’adaptation au terrain est rapide. Quand des opérateurs locaux indiquent ne plus pouvoir maintenir certains magasins à l’équilibre, cela révèle les limites du modèle dans les conditions actuelles de coûts et de demande.
Pour les investisseurs et les décideurs publics, La Réunion peut jouer le rôle de laboratoire d’alerte : les contraintes structurelles s’y manifestent plus tôt et plus fortement qu’en métropole. Lorsque le transport renchérit ou que les budgets des ménages se contractent, les îles subissent le choc en premier, et les supermarchés en deviennent un baromètre.
Les consommateurs, eux, restent pris entre le besoin de commerces proches et bien approvisionnés, et l’arithmétique implacable des marges de la distribution. Beaucoup regarderont avec plus d’attention non seulement quelles enseignes ferment, mais aussi comment elles ferment : existence d’un préavis pour les équipes, possibilités de reclassement, et degré de transparence de la communication.
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