Dans les réseaux sociaux et sur les forums, une information circule en ce moment : l’Union européenne voudrait, d’ici 2035, écarter de fait les motos à moteur thermique de la route - sur le même modèle que ce qui est annoncé pour les voitures. Présentée comme un acte officiel, cette « annonce » ressemble surtout, quand on la vérifie, à un cocktail de pistes bien réelles, de spéculations politiques… et d’une date de publication particulièrement évocatrice : le 1er avril.
D’où viennent les rumeurs d’une interdiction des motos thermiques en 2035 ?
La polémique s’alimente d’un contexte clair : depuis des années, l’UE durcit sa politique climatique dans les transports. Pour les voitures particulières, le cap est connu : à partir de 2035, les ventes de voitures neuves devront, dans les faits, se concentrer sur des motorisations à émissions locales quasi nulles. Les moteurs thermiques ne restent évoqués que dans des cas très spécifiques, notamment via les e-fuels.
C’est précisément ce cadre appliqué à l’automobile qui a été transposé, dans certains messages, au monde du deux-roues. Dans ce scénario viral, les motos neuves à moteur thermique disparaîtraient presque totalement des catalogues d’ici 2035, au nom d’un principe : traiter deux-roues et quatre-roues de manière identique dans la lutte contre le changement climatique.
« L’idée centrale : les motos devraient, à long terme, être soumises aux mêmes exigences strictes en CO₂ que les voitures - y compris une réduction massive des émissions lors des nouvelles immatriculations. »
À ce stade, il faut toutefois distinguer projection et réalité : l’UE n’a pas adopté de texte équivalent pour les motos. On trouve aujourd’hui des objectifs climatiques généraux et des seuils d’émissions, mais pas de « date butoir 2035 » spécifique aux deux-roues.
Ce qui est déjà vrai pour les voitures - et ce qui pourrait s’étendre aux motos
Les règles déjà actées pour les voitures servent de référence : les constructeurs doivent réduire les émissions moyennes de leur flotte à un niveau tel qu’en 2035, seules les voitures électriques ou les véhicules utilisant des carburants climatiquement neutres auraient réellement leur place sur le marché.
Deux grands leviers structurent cette approche :
- Plafond d’émissions proche de zéro à l’échappement pour les voitures neuves
- Compensation des émissions résiduelles via des matériaux plus vertueux et des carburants de synthèse
En appliquant ce raisonnement aux motos, on aboutirait à une logique comparable : les nouveaux modèles devraient abaisser très fortement leurs émissions. Les marques seraient alors poussées à accélérer l’arrivée d’offres électriques, de solutions hybrides ou de carburants alternatifs. Politiquement, cela s’inscrirait dans une orientation que Bruxelles assume depuis longtemps : décarboniser le transport, autrement dit réduire au maximum la dépendance aux énergies fossiles.
Pourquoi Bruxelles s’intéresse aussi aux motos
Globalement, les motos émettent moins de CO₂ que les voitures, pour une raison simple : elles sont bien moins nombreuses et plus légères. Elles restent néanmoins un sujet pour la qualité de l’air, en particulier en ville. Les motorisations anciennes, notamment, peuvent rejeter localement des niveaux élevés de polluants.
Du point de vue des régulateurs, il paraît donc cohérent d’intégrer l’ensemble des véhicules motorisés à la stratégie climatique plutôt que de se limiter aux automobiles. Un cadre plus uniforme simplifie la planification - y compris pour l’industrie et les réseaux de distribution.
« Un durcissement pour les motos serait, du point de vue de Bruxelles, la prolongation logique de la politique climatique actuelle, et non un changement de cap complet. »
Ce que la « story » du 1er avril passe sous silence : aucun texte n’a été adopté
Le point décisif est là : la perspective spectaculaire d’un basculement en 2035, telle qu’elle est reprise en ligne, ne s’appuie pas - sous cette forme - sur un document officiel. Il s’agit d’une mise en scène volontairement exagérée liée au 1er avril.
« Pour les motos, il n’existe actuellement aucune décision juridiquement contraignante de l’UE qui interdise la vente de nouveaux moteurs thermiques à partir de 2035. »
Oui, l’UE travaille sur un renforcement des exigences dans tous les segments du transport. Mais des dates, des quotas ou des interdictions supposent des procédures législatives dédiées, avec des négociations longues entre Commission, Parlement et États membres. Pour l’automobile, ce processus a pris des années - avec, en plus, des ajustements intervenus après coup.
Pourquoi la filière moto s’inquiète malgré tout
Même sous forme hypothétique, l’idée d’un « verrouillage 2035 » suffit à tendre le secteur. Le marché de la moto électrique n’a pas atteint la maturité observée dans l’automobile. Une grande partie des revenus des constructeurs repose encore sur le thermique, de la 125 cm³ aux grosses trails de voyage.
En parallèle, le secteur doit gérer des immatriculations en baisse. Dans un grand marché européen, en 2025, plus de 200.000 motos et scooters neufs ont bien été enregistrés, mais le volume est resté nettement inférieur à celui de l’année précédente. Et une part importante concernait encore des modèles à moteur thermique. Ce type de données illustre à quel point fabricants et distributeurs restent dépendants de la technologie « classique ».
Où en est réellement l’électrification des deux-roues ?
Face à l’automobile, la moto électrique en est encore, dans de nombreux domaines, à une phase de démarrage :
- L’offre en motos 100 % électriques demeure limitée, surtout en milieu et haut de gamme.
- Plusieurs modèles sont pénalisés par une autonomie restreinte, des temps de recharge élevés ou un prix d’achat important.
- Les infrastructures et les aides publiques ciblent principalement la voiture.
Certains constructeurs annoncent bien des batteries capables d’augmenter fortement l’autonomie - avec, parfois, des promesses allant jusqu’à 600 kilomètres sur une charge. Mais, selon de nombreux spécialistes, il faudra encore plusieurs années avant de voir ces solutions se diffuser largement.
Le précédent automobile : rien n’est figé
La trajectoire des voitures montre à quel point les décisions européennes peuvent évoluer. Des objectifs d’émissions ambitieux ont été posés, puis le débat a explosé autour des e-fuels, des délais de transition et des exceptions pour certains segments. Le résultat final prend la forme d’un compromis : des objectifs exigeants, tout en laissant des portes entrouvertes.
En transposant cette dynamique au monde de la moto, une conclusion s’impose : même si l’UE instaurait un jour un cadre proche de celui des voitures, il serait très probable d’y retrouver des exemptions, des périodes transitoires et des renégociations. Une fermeture brutale et immédiate du marché paraît difficilement réalisable pour des raisons pratiques.
Ce que les motards doivent vraiment retenir aujourd’hui
Pour qui possède déjà une moto ou envisage un achat, il n’y a pas de raison de céder à la panique. Même en cas de durcissement des règles sur le neuf, les motos thermiques d’occasion resteraient utilisables pendant longtemps. L’attention de l’UE se porte d’abord sur les nouvelles immatriculations et sur les objectifs de flotte des constructeurs, pas sur une interdiction rapide des véhicules déjà en circulation.
| Domaine | Évolution possible |
|---|---|
| Nouvelles immatriculations | À long terme, seuils de CO₂ plus stricts, davantage de modèles électriques |
| Parc existant | Poursuite de l’usage probable, mais potentiellement plus de zones environnementales |
| Carburants | La discussion sur les e-fuels et les biocarburants s’intensifie |
| Prix | Les coûts de technologie et d’adaptation pourraient se répercuter sur le prix du neuf |
La question intéressante sera de savoir dans quelle mesure les e-fuels - ou, plus largement, les carburants de synthèse - peuvent aussi compter pour la moto. Sur le plan technique, de nombreux moteurs peuvent être adaptés, mais le coût et la disponibilité de ces carburants restent incertains.
Ce que recouvrent « décarbonisation » et « neutralité CO₂ »
Ces notions peuvent sembler théoriques, alors qu’elles touchent directement le quotidien des motards. La « décarbonisation », au fond, signifie : réduire la dépendance au pétrole (essence, diesel) et basculer vers des énergies et carburants qui, au bilan, n’ajoutent pas de CO₂ dans l’atmosphère.
La mobilité neutre en CO₂ peut prendre plusieurs formes :
- Propulsion électrique alimentée par de l’électricité issue d’énergies renouvelables
- Carburants de synthèse produits avec de l’électricité verte
- Biocarburants provenant de sources durables
Pour la moto, on pourrait voir apparaître des combinaisons : deux-roues électriques en ville, moteurs thermiques alimentés par carburants de synthèse pour les longs trajets et les loisirs, et, dans certains segments, des solutions hybrides.
À quoi pourrait ressembler la moto au quotidien demain
Beaucoup de passionnés se demandent si la pratique restera accessible financièrement et libre. Les scénarios évoqués vont de règles de bruit plus strictes à des restrictions d’accès aux centres-villes, en passant par une hausse des prix des carburants. En parallèle, de nouvelles options pourraient se développer : motos électriques plus silencieuses dans les zones sensibles au bruit, points de recharge dédiés sur des itinéraires prisés des motards, ou encore offres de partage en milieu urbain.
Anticiper permet de garder la main : entretenir sérieusement sa machine actuelle, suivre l’évolution des carburants, et s’intéresser aux nouvelles motorisations - tout cela aide à ne pas être pris de court par des décisions politiques. L’histoire du 1er avril met surtout en lumière une chose : le sujet agite déjà la communauté, et la discussion sur l’avenir de la moto ne fait que commencer.
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