La réforme des retraites en France est, pour l’instant, mise en pause. Mais pour les personnes ayant une longue vie professionnelle, le calendrier bouge déjà : celles qui ont commencé à travailler très tôt peuvent toujours partir nettement avant l’âge légal. Le point délicat, c’est que tout se joue dans les détails - et surtout sur la date exacte de naissance.
Comprendre la règle « carrière longue »
En France, il existe un dispositif spécifique de départ anticipé destiné aux assurés entrés tôt dans la vie active. Il concerne les personnes qui ont cotisé avant leurs 20 ans et qui totalisent, sur l’ensemble de leur parcours, un nombre minimum de trimestres d’assurance.
"Quand on a commencé tôt et qu’on a cotisé suffisamment longtemps, on peut partir plus tôt - parfois presque deux ans avant l’âge légal."
Ce mécanisme de départ anticipé est justement en cours de réajustement. La raison : la suspension temporaire de la réforme de 2023, via la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. En décalant la montée en charge de l’âge légal, on décale aussi le calendrier applicable au départ anticipé au titre d’une longue carrière.
À partir du 1er septembre 2026 : un nouveau repère pour la carrière longue
Le nouveau cadre s’appuie sur un projet de décret ainsi que sur des tableaux publiés par l’Assurance retraite. La date pivot est le 1er septembre 2026. À compter de ce jour, le calendrier ajusté s’applique au départ anticipé « carrière longue » des générations 1964 à 1970.
Point clé : il ne s’agit pas seulement d’un âge « théorique ». Ce qui compte, c’est la date à partir de laquelle la pension est effectivement servie. En positionnant intelligemment son départ, il peut être possible de profiter des nouvelles règles et de quitter l’emploi quelques mois plus tôt.
Âges de départ « carrière longue » pour les générations 1964 à 1970
Selon l’Assurance retraite, pour le départ anticipé au titre d’une longue carrière (début d’activité avant 20 ans), les âges suivants s’appliquent :
- Génération 1964 : 60 ans et 6 mois
- Nés du 1er janvier au 30 novembre 1965 : 60 ans et 9 mois
- Nés du 1er au 31 décembre 1965 : 60 ans et 8 mois
- Génération 1966 : 60 ans et 9 mois
- Génération 1967 : 61 ans
- Génération 1968 : 61 ans et 3 mois
- Génération 1969 : 61 ans et 6 mois
- Génération 1970 : 61 ans et 9 mois
Par rapport au calendrier issu de la réforme de 2023, les effets sont concrets :
- Les derniers mois de naissance de 1965 gagnent 1 mois.
- Les générations 1966 à 1970 gagnent 3 mois chacune.
- Pour la génération 1964, ainsi que pour presque tous les nés en 1965, rien ne change.
"La date de naissance ne fait pas tout - un seul mois d’écart sur la date de départ peut déterminer si l’on sort plus tôt ou plus tard."
Pourquoi beaucoup de personnes nées en 1964 et 1965 ne bénéficient de rien
La question vient naturellement : pourquoi les gains ne concernent-ils réellement que les assurés nés à partir de décembre 1965 ? L’explication tient à l’entrée en vigueur. Si le droit au départ anticipé est atteint avant le 1er septembre 2026, l’assuré n’entre tout simplement pas dans le champ du calendrier ajusté.
Autrement dit, le décalage de l’âge légal prévu en 2023 ne s’applique qu’aux pensions qui commencent à partir du 1er septembre 2026. Résultat : seuls les assurés dont la date de naissance se situe à partir du tout début de décembre 1965 sont, en pratique, susceptibles de profiter d’un âge abaissé pour la retraite « carrière longue ».
Carrière longue : l’astuce de la date de départ effectif
Le paramètre décisif n’est pas uniquement l’anniversaire : c’est aussi le moment où la retraite démarre administrativement (la date de liquidation/prise d’effet). Un exemple permet de visualiser l’enjeu :
| Date de naissance | Âge « carrière longue » | Moment théorique | Départ avant le 01/09/2026 | Départ à partir du 01/09/2026 |
|---|---|---|---|---|
| Juin 1965 | 60 ans et 9 mois | Mars 2026 | Aucun avantage | Aucun avantage (âge déjà atteint) |
| 15 décembre 1965 | 60 ans et 8 mois | Mi-août 2026 | Aucun avantage (départ avant la date pivot) | Avantage : nouvel âge applicable |
Une personne née le 15 décembre 1965 atteint l’âge requis vers la mi-août 2026. Si sa retraite commence, par exemple, le 1er août, elle reste sous l’ancien calendrier. En revanche, si elle reporte volontairement la prise d’effet au 1er septembre 2026 (ou après), elle bascule dans le nouveau calendrier plus favorable.
"L’Assurance retraite retient la date officielle de prise d’effet - bien choisie, elle permet de tirer le maximum de la période de transition."
Conditions à respecter pour partir plus tôt
Les critères du départ anticipé « carrière longue » ne changent pas. Pour en bénéficier, il faut franchir deux seuils :
- Avoir démarré sa vie professionnelle avant ses 20 ans.
- Totaliser un certain nombre de trimestres d’assurance, variable selon l’année de naissance.
Le nombre de trimestres requis est le suivant :
- Génération 1964 et naissances du 1er janvier au 30 novembre 1965 : 170 trimestres
- Naissances de décembre 1965 : 171 trimestres
- Générations 1966 à 1970 : 172 trimestres
Ne sont pas comptabilisées uniquement les périodes d’emploi « classiques ». Peuvent notamment entrer dans le calcul :
- les périodes d’activité ayant donné lieu à cotisations,
- les périodes de congé maternité, paternité ou parental,
- certaines phases de formation rémunérée (par exemple apprentissage ou stage payé),
- le service national ou un service équivalent.
À l’inverse, les périodes de chômage aident nettement moins : dans le cadre « carrière longue », elles ne sont en général pas prises en compte comme des trimestres pleinement équivalents pour ouvrir le droit à un départ anticipé.
Agirc-Arrco : la retraite complémentaire s’aligne
Pour de nombreux salariés, la retraite ne se limite pas au régime de base : la complémentaire Agirc-Arrco pèse fortement dans le montant final. Sur le calendrier, le principe est simple : la complémentaire se cale sur le régime de base.
Dès lors qu’un assuré remplit les conditions « carrière longue » et peut partir plus tôt au régime de base, Agirc-Arrco suit au même rythme, sans abattement lié à l’âge. Ainsi, un départ à 60, 61 ou 61 ans et quelques mois - selon les bornes du dispositif - ouvre droit à la complémentaire à taux plein, à condition de remplir l’ensemble des exigences.
"Atteindre le statut ‘carrière longue’, c’est non seulement éviter des années de travail supplémentaires, mais aussi échapper aux abattements sur la retraite complémentaire."
Après 2027 : des incertitudes qui restent ouvertes
Le calendrier actuellement relayé repose sur un projet de décret qui n’a pas encore été publié au Journal officiel. Des ajustements mineurs ne sont donc pas exclus. Par ailleurs, la suspension de la réforme est, par définition, temporaire.
Après l’élection présidentielle de 2027, plusieurs issues sont possibles :
- Le gel actuel est maintenu et le calendrier se stabilise.
- Le plan initial de la réforme de 2023 est réactivé.
- Une nouvelle majorité met en place un dispositif complètement différent.
D’ici là, l’Assurance retraite et les simulateurs en ligne s’appuient sur les valeurs communiquées. Les personnes nées entre 1965 et 1970 ont donc intérêt à vérifier régulièrement si les âges ou les trimestres requis évoluent.
Ce que cela implique concrètement pour les salariés
Pour beaucoup, il est utile d’anticiper en rassemblant les justificatifs : preuves de formation, documents relatifs au service national, attestations de congés parentaux. Sur les périodes d’activité les plus anciennes, il manque fréquemment des pièces qui seront ensuite longues à récupérer.
Autre point de vigilance : si l’on se situe tout près du seuil de trimestres exigé, les choix professionnels doivent être pesés. Un départ précoce de l’emploi, une période de chômage prolongée ou des passages à temps partiel peuvent faire perdre le bénéfice « carrière longue » et repousser la date de départ.
L’inverse arrive aussi : certaines personnes découvrent, via un relevé de carrière détaillé, qu’elles ont davantage de trimestres que prévu - par exemple grâce à des périodes d’études ou de parentalité validées. Dans ce cas, un départ plus tôt que ce qui était envisagé pendant des années peut devenir possible.
Pourquoi il faut regarder les détails de près (carrière longue)
Le système français paraît complexe au premier abord, mais il offre de vraies marges de manœuvre pour ceux qui ont commencé à travailler tôt. Pour les assurés nés entre 1965 et 1970, il ne suffit pas de raisonner « par génération » : il faut surveiller précisément :
- la date de naissance exacte,
- la date de prise d’effet souhaitée pour la retraite,
- le total de trimestres déjà validés.
Un simple ajustement - travailler quelques mois de plus, ou au contraire décaler la prise d’effet de quelques semaines - peut suffire à basculer vers une règle plus avantageuse, ou à passer à côté. Sur une période de retraite qui peut durer des décennies, cette planification fine n’a rien d’anecdotique.
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