Un coupé italien de luxe animé par un V8 Ferrari coûte en ce moment à peine plus cher qu’un SUV compact bien équipé - avec un gros revers.
Sur le marché de l’occasion, une Maserati GranTurismo fait actuellement lever des sourcils : lignes sophistiquées signées Pininfarina, V8 issu de Ferrari, prix neuf autrefois bien au-delà de 100 000 €… et aujourd’hui affichée au tarif d’un SUV Dacia neuf. De quoi donner l’impression d’avoir décroché le gros lot, sauf qu’ici, tout se joue dans les détails.
Maserati GranTurismo : un rêve italien dessiné par Pininfarina
La Maserati GranTurismo passe pour l’un des coupés les plus élégants des années 2000. Sa carrosserie a été tracée par Pininfarina, le studio à l’origine d’innombrables sportives devenues cultes. Capot interminable, porte-à-faux courts, poupe large : la silhouette respecte à la lettre les codes du grand tourisme.
Et précisément, un exemplaire de 2009 est proposé à 24.990 €. C’est à peu près le budget demandé pour un Dacia Duster neuf correctement doté. Quand on se souvient de la GranTurismo exposée en concession à l’époque, l’écart surprend : au lancement, elle se situait sans difficulté dans une zone à six chiffres.
"Un exotique autrefois au niveau de prix du luxe descend dans des territoires proches d’un SUV du quotidien - c’est ce qui rend cette annonce si fascinante."
Visuellement, la GranTurismo accuse à peine le poids des années, près de vingt ans après sa présentation. La face avant Maserati et sa calandre reconnaissable, les ailes musclées, la ligne de toit abaissée : tout cela conserve une forte présence, qu’elle soit garée devant un glacier ou sur une aire d’autoroute.
Autre point intéressant : l’auto proposée semble être restée largement conforme à l’origine. Beaucoup de GranTurismo ont ensuite été « personnalisées » avec des échappements assourdissants non homologués ou des accessoires de tuning discutables. Celle-ci est annoncée proche de la configuration de série, un détail qui parle directement aux puristes et aux collectionneurs.
Un V8 Ferrari sous le capot : sonorité, puissance, émotion
La pièce maîtresse se trouve à l’avant, sous le long capot : un V8 atmosphérique de 4,2 litres, développé à Maranello. La base provient de l’univers Ferrari, puis Maserati l’a adaptée à l’usage grand tourisme.
Les chiffres restent, encore aujourd’hui, très flatteurs :
- Cylindrée : 4,2 litres, V8 atmosphérique
- Puissance : 405 ch
- Couple : 460 Nm
- Vitesse de pointe : largement au-delà de 250 km/h
Par la suite, une variante 4,7 litres plus puissante a complété la gamme. Cela dit, le V8 4,2 litres est lui aussi réputé solide. De nombreux exemplaires dépassent sans difficulté les 100 000 km, certains allant vers 200 000 km, sans que le moteur devienne un motif d’inquiétude - à condition, bien sûr, d’avoir bénéficié d’un entretien régulier et effectué dans les règles.
Il existe toutefois un point sensible sur les premières séries de GranTurismo : la boîte séquentielle. On lui reprochait un caractère capricieux, des coûts d’exploitation élevés et un agrément parfois peu harmonieux au quotidien. Sur ce sujet, l’année-modèle 2009 constitue un avantage net.
"À partir de 2009, Maserati est passée à une automatique ZF à six rapports - nettement plus fiable et bien plus agréable au quotidien."
L’exemplaire concerné est justement équipé de cette boîte automatique ZF. Pour beaucoup d’acheteurs potentiels, c’est presque aussi déterminant que l’état mécanique général. D’après le vendeur, moteur et transmission fonctionnent parfaitement, et le kilométrage est de 99.000.
Une combinaison de couleurs rare, loin des sportives toutes grises
Côté présentation, cette GranTurismo ne se fond pas dans la masse. La majorité de ces coupés circulent en noir, gris foncé ou argent dans les centres-villes. Ici, on trouve une teinte rouge sombre, associée à un habitacle beige et rouge foncé.
Le choix est plus audacieux, mais il dégage une vraie élégance et colle bien à l’esprit grand tourisme d’un coupé conçu pour impressionner aussi bien sur la route que devant un opéra.
Prix de luxe envolé… mais coûts d’usage bien présents
Avec un prix d’achat proche de celui d’un Dacia Duster, la comparaison vient naturellement. Pourtant, se limiter au montant de l’annonce serait une erreur : une Maserati GranTurismo reste une sportive italienne à hautes performances - et les dépenses qui vont avec ne disparaissent pas avec la décote.
Les postes qui font grimper la facture sont généralement :
- Assurance : tarifs « sportive », avec des classes pouvant être élevées
- Entretien : révisions chez des spécialistes, pas dans un atelier low cost
- Pièces d’usure : freins imposants, éléments de suspension spécifiques
- Pneumatiques : grandes largeurs en dimensions sport, souvent en marques premium
- Carburant : V8 atmosphérique, consommation réelle nettement supérieure à celle d’une compacte
Autrement dit, lire « prix de Dacia » et imaginer « coûts de Dacia » mène vite à une désillusion. La bonne affaire se situe sur le ticket d’entrée, pas sur le coût total de possession.
Pourquoi cette annonce paraît si basse
Dans ce cas précis, l’auto a une particularité : elle a été livrée à l’origine à Dubaï, puis importée en Allemagne. Les formalités d’importation, taxes comprises, semblent réglées, mais il manque un élément décisif : un TÜV valide (le contrôle technique allemand) et l’immatriculation locale.
"La voiture est proposée sans TÜV et sans immatriculation allemande - ce qui fait baisser le prix d’environ 5.000 à 7.000 €."
Pour le vendeur, c’est un argument : celui qui prend en charge lui-même la réception au TÜV profite en échange d’un prix d’accès sensiblement plus bas. En contrepartie, l’acheteur assume le risque de découvrir, lors de l’examen, des points à corriger.
À noter tout de même : quatre pneus neufs sont inclus, et le vendeur évoque même la possibilité de livrer le véhicule. Sur le plan logistique, cela reste donc réalisable, à condition d’avoir une voiture de confiance (atelier ou expert) et un interlocuteur habitué aux véhicules importés.
Importer une sportive : les risques à vérifier rapidement
Si l’idée d’un achat de ce type vous tente, certains points doivent être contrôlés avec une grande rigueur :
- Historique complet : preuves d’entretien, factures, carnet de suivi du pays d’origine
- Corrosion et climat : les voitures venant de régions chaudes rouillent rarement, mais la chaleur peut accélérer le vieillissement des caoutchoucs et plastiques
- Adaptation à l’Europe : éclairage, compteur, et éventuellement normes d’émissions doivent être conformes
- Risque au TÜV : mises à niveau liées aux émissions, à l’éclairage ou aux freins pouvant coûter cher
En gardant ces sujets sous contrôle et en faisant réaliser un examen indépendant avant l’achat, on limite fortement la probabilité de mauvaises surprises.
À qui convient réellement ce Maserati « au prix d’un Dacia » ?
Le public visé est, de fait, assez restreint. Une Maserati GranTurismo à moteur Ferrari n’est pas le bon choix comme unique voiture pour un gros rouleur au budget serré. Elle s’adresse plutôt à celles et ceux qui :
- disposent déjà d’un véhicule fiable pour tous les jours
- prévoient un budget dédié à l’entretien et aux réparations
- recherchent volontairement une voiture passion, émotionnelle
- acceptent les fluctuations de valeur
Dans ce contexte, l’achat peut devenir une expérience qui dépasse largement la logique des chiffres. Un V8 atmosphérique qui prend des tours et chante avec une intensité évoquant une loge d’opéra face à l’orchestre, c’est quelque chose que les quatre-cylindres turbo modernes, équipés de filtres à particules, peinent à reproduire.
Il reste pertinent de regarder aussi d’autres options : pour des montants comparables, on trouve chez les professionnels des Porsche 911 plus anciennes, des Jaguar XK ou des BMW M6. Toutes offrent de gros moteurs et une image premium, mais avec des différences marquées sur l’entretien, la fiabilité et la façon d’afficher leur statut.
Ce qu’il faut clarifier avant l’essai
Avant de prendre le volant, quelques questions très concrètes permettent d’éviter des surprises désagréables par la suite :
- Quel budget réaliste peut être consacré chaque année à l’entretien ?
- Existe-t-il, à distance raisonnable, un atelier avec une vraie expérience Maserati ?
- Quel est le coût d’assurance réel, en incluant responsabilité civile et tous risques ?
- Est-il possible de désimmatriculer la voiture l’hiver et de la stocker au sec ?
Si vous répondez honnêtement à tout cela et que le sourire revient malgré tout au démarrage du V8, alors vous faites probablement partie des personnes pour qui ce type d’annonce a du sens.
Dernier point, souvent sous-estimé : une voiture passion peut modifier la dynamique d’un couple - pour le meilleur comme pour le pire. Une Maserati garée devant une maison en lotissement déclenchera forcément des conversations dans le voisinage. Ceux qui le prennent avec humour et considèrent la sportive non comme un symbole social, mais comme un loisir roulant, sont généralement ceux qui profitent le plus sereinement de ce genre d’exotique.
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